Le gouvernement belge dirigé par Yves Leterme a décidé de présenter sa démission à la suite d’un conflit linguistique entre francophones et Flamands, à deux mois de la présidence tournante de l’UE que le pays doit assumer, a annoncé un de ses principaux ministres.

«Il n’y a pas d’autre issue que la démission du gouvernement», a déclaré à la presse le ministre des Finances Didier Reynders, en indiquant qu’il «regrettait» cette issue et en appelant à tout faire pour éviter «que le pays ne s’enfonce dans la crise». La décision a été prise à l’issue d’un conseil des ministres convoqué en urgence par Yves Leterme, qui doit à présent se rendre chez le roi Albert II pour rendre officielle sa décision.

Retrait de l’Open VLD

«L’Open VLD a perdu la confiance dans ce gouvernement», avait déclaré ce matin le président du parti Open VLD, Alexander De Croo, à l’issue d’une réunion des instances de son mouvement à Bruxelles.

Le parti, l’une des deux formations flamandes de la coalition gouvernementale, a pris cette décision après l’échec de négociations visant à trouver un compromis au sujet d’un conflit entre les deux grandes communautés linguistiques du royaume. Les Flamands exigent la suppression de droits linguistiques spécifiques accordés aux francophones vivant en Flandre, dans la banlieue de Bruxelles.

Le parti libéral flamand Open VLD a estimé dans la nuit qu’il y avait «rupture de confiance» au sein de la majorité faute d’avoir pu dégager «une solution négociée» cette semaine sur la remise en cause de droits linguistiques des francophones habitant dans la banlieue flamande de Bruxelles.

Cette question, jugée prioritaire par les Flamands, est au centre du contentieux sur l’avenir institutionnel du pays. Elle a fait l’objet cette semaine de tractations marathons entre les cinq partis de la coalition gouvernementale – deux Flamands et trois francophones, rejoints que les partis écologistes – pour tenter de trouver un compromis. Mais les formations se sont quittées dans la nuit sans accord concret.

A l’exception de l’Open VLD, ils se sont mis d’accord sur une brève déclaration que le Premier ministre Yves Leterme devrait lire jeudi après-midi à la Chambre des députés, selon des sources politiques. Cette déclaration sera toutefois peu précise sur le contenu et se bornera à souligner la volonté de tous de poursuivre les négociations, affirme la presse belge.

Les libéraux flamands avaient posé un ultimatum au chef du gouvernement pour qu’il annonce une solution ce jeudi. Le président des libéraux flamands devait réunir jeudi matin le bureau de son parti pour décider ou non de quitter le gouvernement.

Une chute du gouvernement d’Yves Leterme serait «clairement dramatique», jugeait jeudi matin l’ancien Premier ministre Wilfried Martens, dans le quotidien De Morgen. «Quelle figure montrerons-nous à l’Europe si nous devons présider l’Union européenne sans gouvernement convenable», s’interrogeait-il.

Il a mis en cause l’intransigeance des francophones et leurs «exigences radicales». Les négociations achoppent en particulier sur l’avenir de la circonscription électorale et de l’arrondissement judiciaire bilingues de Bruxelles-Hal-Vilvorde, qui regroupe la capitale à majorité francophone et une partie de sa périphérie située en Flandre. Les Flamands veulent la supprimer au nom de l’intégrité territoriale et linguistique de leur région.