Le gouvernement éthiopien annonce avoir répondu favorablement à une invitation de l’Union africaine (UA) à de prochains pourparlers de paix avec les rebelles de la région septentrionale du Tigré, sans en préciser la date ni le lieu. «L’Union africaine a envoyé une invitation à des discussions de paix. Le gouvernement d’Ethiopie a accepté cette invitation, dans la lignée de notre position de principe concernant la résolution pacifique du conflit et la nécessité de discussions sans préconditions», indique dans un tweet Redwan Hussein, conseiller à la Sécurité nationale du Premier ministre Abiy Ahmed.

Dans un communiqué, le Service de communication du gouvernement éthiopien (GCS) a affirmé que l’UA avait fait part dans son invitation de la date et du lieu des pourparlers, mais ne donne aucun détail à ce sujet. Interrogées par l’AFP au sujet de cette invitation, les autorités rebelles du Tigré, en conflit avec le gouvernement fédéral éthiopien, n’ont pas répondu dans l’immédiat. «Nous communiquerons les détails au moment opportun, en consultations avec les parties», a déclaré à l’AFP Ebba Kalondo, porte-parole du président de la Commission de l’UA Moussa Faki.

Reprise des combats

Aucun détail sur les participants n’a non plus été publié, notamment si l’Erythrée voisine, un des pays les plus fermés et autoritaires au monde, dont l’armée épaule les forces gouvernementales éthiopiennes, avait été invitée. Les rebelles tigréens ont toujours déclaré qu’ils refuseraient la présence d’Asmara à d’éventuels pourparlers. Une source diplomatique a indiqué à l’AFP que l’UA avait mis sur pied une troïka de médiateurs, composée des ex-présidents nigérians Olusegun Obasanjo (envoyé spécial de l’organisation dans la Corne de l’Afrique) et kényan Uhuru Kenyatta, ainsi que de l’ex-vice-présidente sud-africaine Phumzile Mlambo-Ngcuka.

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Après cinq mois de trêve qui avaient laissé entrevoir des espoirs de négociations de paix, les combats ont repris le 24 août dans le nord de l’Ethiopie entre les rebelles tigréens et l’armée fédérale éthiopienne, épaulée par des forces des régions frontalières du Tigré et par celles de l’Erythrée. L’envoyé spécial américain pour la Corne de l’Afrique Mike Hammer est revenu dans la région depuis le 3 octobre, après une précédente visite en septembre, pour «parvenir à une cessation immédiate des hostilités dans le nord de l’Ethiopie et soutenir le lancement de pourparlers de paix sous l’égide de l’Union africaine», selon un communiqué du Département d’Etat.

Hostilités à huis clos

Le conflit dans le Nord éthiopien a commencé en novembre 2020, lorsque le Premier ministre Abiy Ahmed a envoyé l’armée fédérale au Tigré pour en déloger les dirigeants du gouvernement régional, qui contestaient son autorité et qu’il accusait d’avoir attaqué des bases militaires sur place. Les hostilités se déroulent largement à huis clos, le nord de l’Ethiopie étant interdit aux journalistes.

Selon des sources concordantes, les forces fédérales et régionales éthiopiennes et les troupes érythréennes ont, depuis la reprise des combats, pris le Tigré en tenailles, menant des offensives depuis les quatre points cardinaux. En septembre, l’armée de l’Erythrée a franchi en plusieurs endroits les quelque 500 km de frontière séparant le pays du nord du Tigré, mais a peu progressé, selon ces sources, et les positions sur le terrain ont peu bougé ces dernières semaines, malgré des combats meurtriers.

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Après une victoire éclair en novembre 2020, l’armée fédérale a été repoussée mi-2021 hors de l’essentiel du Tigré par une contre-offensive des rebelles tigréens qui les a vus s’approcher d’Addis Abeba. Ils s’étaient ensuite repliés vers le Tigré et accusent depuis le gouvernement «d’assiéger» la région, ce que ce dernier dément.

Le bilan de cette guerre meurtrière est inconnu. Mais elle a déplacé plus de deux millions de personnes et plongé des centaines de milliers d’Ethiopiens dans des conditions proches de la famine, selon l’ONU. Région de six millions d’habitants, le Tigré est en outre privé depuis plus d’un an d’électricité, de télécommunications, de services bancaires ou de carburant et l’ONU a totalement interrompu l’acheminement de son aide humanitaire depuis la reprise des combats.