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Le ministre de l’Economie Emmanuel Macron, parle aux journalistes après avoir assisté à la présentation d’un supercomputer.
© ERIC PIERMONT

France

Au gouvernement français, les dessous de l’offensive anti-Macron

L’aile gauche du Parti Socialiste le considère comme un traître. Plusieurs ministres réclament ouvertement son limogeage. Mais Emmanuel Macron tient bon. Jusqu’à quand?

C’est l’ancien ministre français de l’Education qui le dit. Démissionnaire du gouvernement en août 2014, Benoit Hamon aime taper sur Emmanuel Macron. L’un de ses derniers tweets? «A lire ses déclarations, la cuvée du «redressement» était de la petite bière!.» Traduction? Arnaud Montebourg, viré par Manuel Valls, désobéissait beaucoup moins que son successeur au ministère de l’Economie. D’où la question: pourquoi garder Macron au gouvernement alors que, selon un sondage Sopra Steria pour Le Monde, 77% des électeurs de gauche ne croient plus au personnel politique et 46% demeurent hostiles au libéralisme économique?

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Cette interrogation, le fondateur du mouvement «En Marche» évite pour l’heure d’y répondre. Plutôt que de remettre en cause l’autorité du premier ministre comme l’avait fait l’avocat Montebourg – venu à Matignon pour se faire limoger en sifflotant This is the end des Doors – l’énarque Macron parle, lui, depuis un mois, de son insatisfaction, de son désir de transgresser la frontière droite-gauche et de ses réflexions sur «un projet présidentiel»… sans remettre en cause son portefeuille ministériel.

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En début de semaine, il était à la grande foire industrielle de Hanovre aux côtés de son homologue social-démocrate allemand Sigmar Gabriel. Jeudi, il s’exprimait à Bercy devant le Conseil national de l’industrie. Il prend en outre soin de ne pas compliquer le débat houleux sur la loi travail, même s’il n’a toujours pas digéré d’être dépossédé de plusieurs réformes par la ministre Myriam El Khomri. Et il discute beaucoup sur l’avenir d’EDF, bientôt renfloué à hauteur de 4 milliards d’euros. Analyse d’un familier de Bercy: «Il joue assez finement et cyniquement la liberté, pas la désobéissance. Ce qui le rend encore plus insupportable.»

Au sein de l’exécutif français, les plus énervés par son attitude sont connus. Le premier est le chef du gouvernement Manuel Valls qui, à plusieurs reprises, a confié à son très médiatique ministre «recevoir les plaintes de collègues qui veulent [sa] peau». Les autres sont les «hollandais» historiques résolus à défendre une nouvelle candidature du chef de l’Etat en 2017 et les recrues du dernier remaniement. Dans le premier groupe, six ministres-mousquetaires fatigués et ulcérés: Jean-Yves Le Drian (Défense), Michel Sapin (Finances), Marisol Touraine (Santé), Stéphane Le Foll (Agriculture), Ségolène Royal (Environnement) et Najat Vallaud-Belkacem (Education). Dans le second peloton, des ministres ralliés dont la carrière dépend entièrement de l’Elysée comme Emmanuelle Cosse (Logement) ou Jean-Michel Baylet (Aménagement du territoire). Trait d’union entre les uns et les autres: le nouveau mouvement «Hé oh la gauche» lancé lundi à Paris pour pousser les feux d’une nouvelle candidature Hollande. En forçant au passage le «transgresseur» Macron à démissionner. Ou à rentrer dans le rang.

«La lumière est du côté de Macron.»

Le problème est que cette offensive anti-Macron a jusque-là fait long feu. Car le locataire de l’Elysée lui-même n’a pas tranché, conscient que le renvoi d’Emmanuel Macron placerait aussitôt celui-ci sur orbite: «Le fait que Hollande ne l’ait pas encore renvoyé est hallucinant», assène le banquier d’affaires et ancien patron du Figaro Philippe Villin. Pas si étonnant pourtant selon l’essayiste Nicolas Baverez, auteur de Danser sur un volcan (Ed. Albin Michel): «Regardez les sondages et les médias. Hormis le taiseux Jean-Yves le Drian jugé sérieux à la Défense, aucun d’entre eux n’est perçu comme un grand ministre. Ce gouvernement est perçu comme très faible. Tandis que la guerre interne au PS paralyse la majorité. La lumière est du côté de Macron.»

«Etre anti-Macron c’est être ringard.»

Le ministre de l’Economie peut, en outre, s’appuyer sur les coulisses du pouvoir: haute administration, groupes de réflexion, personnalités influentes comme Jacques Attali ou l’ancien patron de l’OMC Pascal Lamy: «Etre anti-Macron c’est être ringard, poursuit un proche de ce dernier. Même la jeune Vallaud-Belkacem est classée apparatchik. Leur combat est celui des taxis contre Uber: la rente contre la disruption.»

Deux femmes se distinguent néanmoins. La première est la ministre du Travail, Myriam El Khomri, qui, lundi prochain, endossera à son tour les couleurs de la réforme à l’Assemblée nationale pour défendre son projet de loi. «Emmanuel sait que la loi du travail est très attendue. Il aurait voulu la porter. Il ne doit donc surtout pas apparaître comme un saboteur. Et si d’aventure cela échouait, il n’en portera pas la responsabilité», note un de ses conseillers.

L’autre femme à suivre, dans le front anti-Macron, est la maire socialiste de Paris Anne Hidalgo, que l’aile gauche du PS essaie de pousser aux avants postes pour 2017. Pugnace, bonne gestionnaire, forte d’un vrai réseau dans les milieux culturels et intellectuels, cette dernière se rêve en nouvelle Martine Aubry, capable d’occuper le terrain à gauche et chez les «bobos», privant d’espace le remuant ministre social-libéral. Lequel peut s’attendre à d’autres assauts…


Violences et déclarations

«Ce qui me motive, c’est de dessiner l’avenir de mon pays. Pour cela, l’élection présidentielle est le moment décisif. Les idées viennent avant les personnes.» Et une déclaration ambiguë de plus pour Emmanuel Macron, jeudi dans Die Zeit. Le ministre de l’Economie répondait à une question non pas sur sa candidature, mais sur l’avenir de son mouvement pour l’échéance de 2017.

Sauf que… ces propos pimentent de nouveau l’atmosphère alors que le gouvernement doit apparaître soudé, au moment où s’ouvre lundi prochain le débat à l’Assemblée sur le projet de réforme du Code du travail. La loi Macron, qui en 2015 avait ouvert quelques secteurs (autobus, ouvertures dominicales), avait obligé le gouvernement à demander un vote de confiance. Cette fois, l’atmosphère est encore plus pesante avec les manifestations d’opposants au texte – ponctuées de violences hier à Paris – et le mouvement Nuit debout qui perdure. Plus d’une centaine d’interpellations ont eu lieu hier. Au risque d’attiser la colère de ceux qui voient, derrière la loi El Khomri, le spectre du démantèlement libéral voulu par Emmanuel Macron.

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