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Le gouvernement français rêve d’une mobilisation sociale en baisse

Les grévistes et les manifestants seront-ils plus nombreux ce mardi 10 décembre que lors de la première journée d’action anti-réforme des retraites, le 5 décembre? Pour le gouvernement français, cet indicateur est essentiel. Une baisse de la mobilisation permettrait à ses annonces, mercredi, d’être mieux entendues

Tous les capteurs gouvernementaux du mécontentement social seront sollicités ce mardi 10 décembre en France. Taux de grévistes à la SNCF et à la RATP (le métro parisien); mobilisation des enseignants, dont les syndicats sont vent debout contre le projet de réforme des retraites; soutien des manifestants dans l’opinion… Tous ces indicateurs seront suivis au millimètre à l’hôtel Matignon, siège du premier ministre, Edouard Philippe. C’est d’eux que dépendra largement, le mercredi 11 décembre, la tonalité des annonces de ce dernier, qui a promis de dévoiler l’intégralité du projet contesté de réforme du système français de retraites, en discussion depuis… la fin 2017.

Pour l’heure, et en attendant les résultats du grand défilé parisien entre les Invalides et Denfert-Rochereau, la mobilisation semble être en baisse. A Marseille, les troupes syndicales étaient clairsemées ce matin. Et au niveau national, la fonction publique, cœur de la contestation, compterait seulement 5,8% de grévistes contre 21% le 5 décembre. Dans la fonction publique d’Etat (qui inclut les enseignants), seuls 10,02% de grévistes ont cessé le travail, contre 32% la semaine dernière selon l’AFP.

Faut-il y voir la preuve d’un fossé naissant entre l’opinion et les syndicats, malgré des sondages selon lesquels 53 à 60% des Français restent favorables à ce mouvement social? Il est trop tôt pour le dire. Mais le gouvernement serait le grand bénéficiaire d’une retombée des tensions, même si le premier ministre a prévenu qu’il n’y aura pas, demain, «d’annonces magiques qui puissent faire cesser les manifestations».

Dans ce contexte, deux enjeux seront déterminants pour la suite de la crise sociale et la répétition éventuelle des blocages de l’hiver 1995 qui avaient alors paralysé le pays.

Le premier porte sur l’unité syndicale

Sans surprise, le syndicat le plus jusqu’au-boutiste, axé sur le retrait pur et simple du projet de réforme, est la CGT, appuyée par Sud Rail à la SNCF. Mais la centrale dirigée par Philippe Martinez n’est – contrairement à ce qui s’était passé en 2018 sur la réforme de la SNCF – pas isolée. Elle a en effet réussi à cristalliser aussi le mécontentement des franges les plus radicales des syndicats réformistes comme la CFDT et l’UNSA. Si cela ne change pas, ouvrant la voie à des actions sociales d’envergure, les syndicats disposeront d’un levier important.

Pour compléter: Face à Macron, des syndicats français radicalisés

Si les annonces gouvernementales, en revanche, parviennent à rassurer certaines catégories de fonctionnaires – comme les enseignants –, le paysage syndical pourrait se fissurer. Une fissure d’autant plus importante que, jusque-là, les salariés du secteur privé restent largement indifférents à cette mobilisation. Et que, à la veille des fêtes de fin d’année, consommateurs et commerçants pourraient vite se lasser d’un nouveau grabuge.

Le deuxième enjeu est celui du sens de la réforme

Les contours du projet seront dévoilés le mercredi 11 décembre, lors d’un discours prononcé par le premier ministre au Conseil économique et social, à Paris. Il est indispensable, pour Emmanuel Macron et l’exécutif, que les Français comprennent pourquoi cette réforme des retraites intervient et quelles seront ses conséquences sonnantes et trébuchantes. En clair: le gouvernement français doit s’exprimer calculateur en main, en mettant l’accent sur ses mesures les plus égalitaires, comme l’instauration d’une future retraite minimum mensuelle de 1000 euros. Se perdre dans les concepts et les mécanismes difficiles à comprendre (comme l’instauration d’un régime par points) serait très risqué. Autre risque: annoncer la suppression des régimes spéciaux (le cœur de la réforme) sans offrir, parallèlement, un amortisseur social aux catégories de salariés (dans le secteur public ou assimilé) qui y perdront des avantages.

Côté syndicats, le besoin de mobiliser et de rester uni est maximal. Côté gouvernemental, l’espoir d’une fatigue sociale est le plus souvent évoqué. Réponse en fin de journée ce mardi 10 décembre. Avec une hypothèse: celle d’une accalmie factice, liée au fait que beaucoup de grévistes potentiels attendent d’en savoir plus avant de «remonter» au front, une fois les annonces faites par l’exécutif. Un nouveau préavis de grève est déjà déposé pour le jeudi 12 décembre et les chemins de fer français demeurent aux trois quarts à l’arrêt, paralysant notamment les liaisons par trains entre la Suisse et la France.

L'analyse de notre correspondant: La semaine où la France s’avérera, ou non, «impossible à réformer»

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