France 

Le gouvernement français suspend la hausse des taxes sur le carburant pour six mois 

Alors que le mouvement des «gilets jaunes» prépare déjà son acte IV, le premier ministre français Edouard Philipe a annoncé un moratoire sur la hausse de la fiscalité sur les carburants

Le premier ministre français Edouard Philippe a confirmé mardi matin le choix du gouvernement d’un moratoire sur la hausse des taxes sur les carburants, ont rapporté des participants à la réunion. C’était l’une des revendications majeures des «gilets jaunes».

Le gouvernement «suspend pour six mois» la hausse de la fiscalité sur le carburant et les tarifs du gaz et de l'électricité «n'augmenteront pas pendant l'hiver», a ensuite annoncé Edouard Philippe lors d'une allocution télévisée, soulignant qu'«aucune taxe ne mérite de mettre en danger l'unité de la Nation». Il a aussi ajouté qu'il «faudrait être sourd» pour ne «pas entendre la colère» des Français.

Ce geste est encore jugé insuffisant. Les oppositions de droite et de gauche comme les «gilets jaunes» réclamaient mardi davantage qu’un moratoire sur la hausse des taxes sur les carburants pour répondre aux attentes en matière de pouvoir d’achat.

Benjamin Cauchy, une des figures du mouvement a salué une «première étape». Mais «les Français ne veulent pas des miettes, ils veulent la baguette au complet», a-t-il déclaré en réclamant des «états généraux de la fiscalité», «une nouvelle répartition des richesses en France» et l’instauration de «référendums réguliers sur les grands enjeux sociétaux». Le moratoire est «une cacahuète», a estimé pour sa part Laetitia Dewall, porte-parole des «gilets jaunes» du Val-d’Oise.

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Si «c’est un moratoire au vrai sens du mot, c’est-à-dire simplement des délais avant que la hausse de taxe ne s’applique, ça n’est pas à la hauteur», a considéré le chef de file des sénateurs LR, Bruno Retailleau, sur Public Sénat, tandis que le premier vice-président du parti, Guillaume Peltier, réclamait sur France Inter «une suppression pure et simple» des taxes sur les carburants.

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Matignon a dans le même temps confirmé l’annulation de la réunion avec des «gilets jaunes» prévue mardi après-midi. Le gouvernement avait entendu la veille de nombreux responsables politiques lui demander un moratoire sur la hausse des taxes.

Vives réactions sur la scène politique

À l’exception d’Europe Écologie-Les Verts et de Génération Écologie, toutes les formations d’opposition avaient plaidé pour ce «moratoire» dans la hausse prévue le 1er janvier des taxes sur le carburant, mot d’ordre initial du mouvement des «gilets jaunes» dont la dernière manifestation samedi a donné lieu à de nombreuses scènes de violence et de guérilla urbaine.

L’ex-LR Xavier Bertrand, président de la région Hauts-de-France, il a appelé sur BFMTV à geler «les augmentations de taxes sur l’énergie» et «remettre à plat sans tabou la question des revenus» et de «la pression fiscale», après ce premier geste qui certes permet de «desserrer l’étau».

Le président de Debout la France, Nicolas Dupont-Aignan, a réclamé lui aussi «une annulation définitive non seulement des taxes sur les carburants, mais aussi des taxes sur l’énergie!». A gauche, l’ancienne ministre socialiste de l’Ecologie Ségolène Royal a salué le moratoire d’un «mieux vaut tard que jamais». Mais le gouvernement doit «tout mettre sur la table en ce qui concerne la justice fiscale», en particulier la question d’un coup de pouce au Smic, et «un bilan» des effets de la suppression de l’impôt sur la fortune.

L’ancien ministre socialiste et actuel maire du Mans Stéphane Le Foll a réclamé «un grand cycle de négociation intégrant les salaires et un coup de pouce au Smic», tandis qu’à La France insoumise, Clémentine Autain appelait, face à «l’urgence démocratique», à engager «un processus constituant pour une VIe République».

Rendez-vous boudé à Matignon

Les représentants des «gilets jaunes libres», qui avaient appelé dimanche à une sortie de crise, ont annoncé dès lundi qu’ils ne se rendraient pas rue de Varenne, notamment pour «raisons de sécurité». Et la première réunion vendredi avait viré au fiasco: seules deux personnes avaient honoré le rendez-vous. Parmi les membres historiques les plus connus des «gilets jaunes», Éric Drouet a appelé à l’intensification du mouvement de contestation lors de nouvelles manifestations samedi prochain, plutôt que de «négocier avec un gouvernement qui perd de toute part».

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La gestion de l’ordre public est également au centre du débat politique. Déjà entendus lundi soir à l’Assemblée, le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner et son secrétaire d’État Laurent Nuñez s’en expliqueront mardi après-midi devant le Sénat.

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