C'est une petite femme, vive, écologiste, et qui n'avait jamais vu une étable de sa vie avant de devenir ministre. «Elle sait à peine distinguer une vache allemande d'un buffle vietnamien», ironisait l'éditorialiste du quotidien proche des écologistes, Die Tageszeitung, lors de sa nomination. Renate Künast, la nouvelle ministre de l'Agriculture et de la Protection des consommateurs, aurait ainsi pu déclencher un soulèvement paysan dans une Allemagne traumatisée par la maladie de la vache folle depuis le 24 novembre dernier. Elle a réussi à ramener tout le monde à la raison.

Nommée à la suite de la double démission des ministres de la Santé et de l'Agriculture, le 9 janvier, Renate Künast veut enterrer l'agriculture industrielle dans le consensus. «La bière est sacrée pour les Allemands. Les vaches doivent l'être aussi!», a-t-elle lancé la semaine dernière aux députés de l'Assemblée fédérale (Bundestag) en faisant allusion aux règles de fabrication de la bière, inscrites dans une loi de 1516 (Reinheitsgebot).

Renate Künast, coiffée d'une triple casquette (agriculture, alimentation, protection du consommateur), veut de la «qualité plutôt que la quantité». Fini la surproduction! «Nous voulons redonner de l'appétit aux gens, dit-elle. A partir d'aujourd'hui, c'est le consommateur qui sera protégé. Pas la consommation!»

Le «plan Künast» a l'objectif de faire augmenter la part des «fermes bio» de 2,5% à 20% dans les dix prochaines années. Le gouvernement souhaite ainsi revoir entièrement le système des subventions. «Nous devrions commencer dès maintenant à diminuer les capacités de production, en réorientant le système de primes à la production ou à l'abattage vers un système de primes à la réduction des capacités et à l'élevage extensif respectueux de l'environnement», explique-t-elle.

Interdiction totale des antibiotiques dans l'alimentation, limitation du nombre de bêtes à deux par hectare, primes aux cultures fourragères, production transparente «de l'étable à l'étalage», création d'un «office de protection du consommateur et de la sécurité alimentaire», sanctions renforcées… «Nos vaches n'avaleront plus que de l'eau, des céréales et de l'herbe!», promet Renate Künast. Les agriculteurs allemands reçoivent chaque année plus de 20 milliards de francs de subventions. Selon la ministre, la «révolution bio» est donc finançable: il suffit de réformer le système d'attribution…

Sur son plan, la nouvelle ministre de l'Agriculture obtient l'approbation de l'opposition parlementaire. Angela Merkel, la présidente de l'Union chrétienne-démocrate (CDU), a promis de soutenir les mesures gouvernementales. Même la CSU, la branche bavaroise de la CDU, traditionnellement allergique aux écologistes, applaudit des deux mains. Traumatisés par l'étendue du problème dans leur région (le plus grand cheptel d'Allemagne), les Bavarois ont estimé que le «plan Künast» était une bonne réponse aux problèmes des petits agriculteurs confrontés à la pression des marchés mondiaux.

Forte du soutien des associations environnementales et animalières, la ministre écologiste obtient surtout un écho très positif des paysans qui ont promis de répondre à cette «proposition de dialogue» du Ministère de l'agriculture. Renate Künast fait plutôt bonne impression, notamment à Gerd Sonnleitner, le président de la Fédération agricole. «Nous autres, paysans, nous aimons les femmes fortes», disait-il au dernier salon de l'agriculture de Berlin en lui faisant allusion. «La ministre s'est engagée d'une manière incroyable pour faire face à la crise», a-t-il ajouté après son discours.

Consommateurs quelque peu sceptiques

Les consommateurs, eux, restent sceptiques: plus de 50% estiment que les mesures gouvernementales ne résoudront pas la crise de la vache folle. Mais le gouvernement Schröder a réussi à reprendre l'initiative sur le dossier le plus sensible du moment. Reste maintenant à savoir comment les Allemands concilieront leur «révolution bio» avec les mesures de l'Union européenne pour lutter contre la maladie.