Immigration, intégration des étrangers, radicalisme, racisme. Ces questions de sociétés sont à l'origine de la chute vendredi du gouvernement de centre droit à La Haye. Le premier ministre Jan Peter Balkenende a remis officiellement sa démission à la reine Beatrix. Des élections anticipées pourraient avoir lieu en octobre.

A un an de la fin du mandat de la coalition, cette nouvelle crise politique témoigne des clivages qui caractérisent la société néerlandaise depuis l'assassinat du leader populiste Pim Fortuyn, en 2001, et celui du cinéaste engagé Theo van Gogh, en 2004. Le point de rupture de la coalition et de l'ensemble de la classe politique? La politique jusqu'au-boutiste de la ministre de l'Immigration, Rita Verdonk, à l'égard des étrangers.

En constatant le fossé entre les Néerlandais de souche et les citoyens d'origine étrangère, la politicienne membre du parti libéral VVD, ancienne directrice de prison et entrée en politique par hasard, opère un virage à 180 degrés. En matière d'intégration, elle annonce rapidement des mesures qui tirent un trait sur le modèle de société multiculturelle prôné jusqu'à lors. Elle élabore d'abord un projet obligeant tous les étrangers qui n'ont pas passé huit ans sur les bancs de l'école du pays à suivre un stage de langue et d'apprentissage des valeurs néerlandaises. Plus de 900000 personnes étaient concernées par ce texte dans sa version initiale. Hostile dès le départ, la classe politique exige moult remaniements du texte. Au final, aucun véritable projet de loi n'a été examiné par les parlementaires à ce jour.

Mais ce sont surtout les incartades à répétition de Rita Verdonk qui ont agacé le parlement. La chambre a fini par déposer cette semaine une motion de censure contre les méthodes contestées de la ministre, notamment pour expulser des Congolais «trop encombrants». Epinglée par le parlement, elle avait d'abord nié, avant de finir par reconnaître ses torts. Rita Verdonk a aussi été mise en cause dans l'incendie d'un centre pénitentiaire à l'aéroport d'Amsterdam en décembre dernier. Un sinistre qui avait coûté la vie à onze immigrés. Malgré une affaire encore obscure, elle n'avait finalement pas été inquiétée.

Mais l'affaire qui a provoqué sa chute remonte au mois dernier, lorsque la «dame de fer» de l'immigration s'attaque à sa collègue du parti libéral Ayaan Hirsi Ali, une intellectuelle militante de renommée internationale d'origine somalienne. La ministre menace la militante de lui retirer son passeport néerlandais en mai dernier pour avoir menti sur sa demande d'asile.

Des pressions de toutes parts

Face aux pressions de toutes parts, Rita Verdonk finit par autoriser Ayaan Hirsi Ali à conserver sa nationalité. Mais la rumeur circule qu'elle aurait exigé en échange une lettre flatteuse à son égard signée de Ayaan Hirsi Ali. Vrai ou faux, toujours est-il qu'à la suite de ces révélations, un parti de la coalition retire sa confiance au gouvernement, précipitant le gouvernement Balkenende dans la chute le jour même.

Et les controverses sur l'immigration ne concernent pas uniquement la classe politique. Selon des sondages récents, un quart des Néerlandais a une mauvaise opinion des étrangers et 10% se déclarent ouvertement racistes. Par ailleurs, dans la communauté marocaine vivant aux Pays-Bas, la moitié des jeunes rejetterait les valeurs de la démocratie et 6% d'entre eux seraient prêts à utiliser la violence pour défendre l'islam.