proche-orient

Gouvernement de large coalition en Israël

Benyamin Netanyahou et le chef de l’opposition Shaoul Mofaz ont annoncé un accord d’union qui permet d’éviter des élections anticipées. C’est la plus large coalition de l’histoire d’Israël

La classe politique israélienne est encore sous le choc du tremblement de terre qu’elle vient de vivre. En effet, au terme de négociations secrètes menées dès lundi soir avec le premier ministre Benyamin Netanyahou, le président du parti centriste Kadima et leader de l’opposition à la Knesset, Shaoul Mofaz, a rallié la majorité gouvernementale. Celle-ci compte donc 94 élus sur les 120 siégeant à la Knesset, une force d’une ampleur inégalée depuis la création de l’Etat hébreu et qui garantit au chef du gouvernement une marge de manœuvre totale.

Dans la foulée de cet accord, les élections législatives anticipées annoncées pour le 4 septembre ont évidemment été annulées. La Knesset restera donc en fonction jusqu’au terme normal de la législature (novembre 2013) au lieu d’être dissoute à la fin de la semaine. Enfin, Shaoul Mofaz sera promu vice-premier ministre et numéro deux du nouveau «gouvernement d’union nationale élargie». Dans ce cadre, il participera aux différents cabinets sécuritaires restreints traitant des questions stratégiques telles la reprise du processus de paix avec les Palestiniens et le nucléaire iranien.

Le leader de Kadima étant considéré comme un faucon, plusieurs commentateurs estiment que la constitution du nouveau gouvernement chapeauté par le quatuor Benyamin Netanyahou, Shaoul Mofaz, Ehoud Barak (Défense) et Avigdor Lieberman (Affaires étrangères) pourrait paver le chemin en vue d’une éventuelle attaque israélienne sur les sites nucléaires de Téhéran.

Qualifié d’«exercice puant» par les chroniqueurs politiques de la presse israélienne, le ralliement de Kadima à la majorité tombe en tout cas à point nommé pour Benyamin Netanyahou. D’abord, il fait de lui le premier ministre le plus puissant de l’histoire de son pays. Ensuite, il lui permet d’éviter une confrontation avec le congrès du Likoud (son parti) dont les délégués, majoritairement issus des colonies, voulaient lui imposer un programme électoral délirant, une feuille de route prévoyant entre autres l’annexion unilatérale de plusieurs parties de la Cisjordanie occupée.

Elu fin mars à la tête de Kadima, Shaoul Mofaz trouve également son intérêt dans l’alliance, puisque les sondages n’accordaient pas plus de 11 sièges à sa formation au soir du 4 septembre prochain, au lieu de 28 actuellement. Cependant, le ralliement à la majorité de cet ancien chef de l’état-major de l’armée et ex-ministre de la Défense d’Ariel Sharon durant la deuxième Intifada écorne sérieusement son image personnelle puisqu’il promettait encore au début de la semaine qu’il «ne négocierait jamais avec un menteur comme Benyamin Netanyahou».

Paradoxalement, les autres formations de la majorité accueillent à bras ouverts l’arrivée du «gouvernement d’union nationale élargie». Le Shas (ultraorthodoxe) redoutait en effet le verdict des urnes alors que l’un de ses fondateurs, le très populaire rabbin Arié Deri, envisageait de se présenter sur une liste dissidente.

Quant à Avigdor Lieberman, sa campagne aurait été desservie par la publication, annoncée à la fin du mois, du résultat de l’enquête judiciaire relative au financement illégal de son parti Israël notre maison (extrême droite). Enfin, le ministre de la Défense Ehoud Barak et son parti Indépendance (une dissidence du Parti travailliste) n’auraient probablement pas eu d’élu si des élections anticipées s’étaient effectivement déroulées le 4 septembre. La création du «gouvernement d’union nationale élargie» repousse donc l’échéance de la disparition politique de ce fidèle allié du premier ministre tout en muselant une opposition parlementaire devenue inaudible dans une Knesset vidée de sa substance.

Au cours d’une conférence de presse organisée mardi à Jérusalem, Benyamin Netanyahou et Shaoul Mofaz ont justifié leur accord par «la nécessité de procéder à des réformes importantes». Mais ils n’ont pas convaincu grand monde. Certainement pas la vingtaine d’organisations qui appellent à la reprise dès samedi du vaste mouvement de protestation sociale de l’été 2011.

Benyamin Netanyahou et Shaoul Mofaz ont justifié cet accord pour procéder à des «réformes importantes»

Publicité