Le Premier ministre libanais, Najib Mikati, dont le gouvernement est dominé par le Hezbollah, un allié de Damas, a reconnu des «cas individuels» d’enlèvements d’opposants syriens au Liban, dans un entretien à la chaîne BBC en arabe.

Interrogésur le «silence» du gouvernement libanais concernant les enlèvements d’opposants syriens, M. Mikati a admis que des enlèvements avaient eu lieu au Liban, mais «plusieurs mois avant la formation de son gouvernement» mi-juin, dans une interview diffusée jeudi soir.

«Il y a eu quelques incidents, mais à caractère individuel», a insisté le Premier ministre, sans plus de précisions. Son gouvernement est dominé par le puissant mouvement chiite armé Hezbollah, un farouche allié du régime syrien, mais lui-même se dit officiellement «neutre».

L’opposition libanaise, dirigée par l’ancien Premier ministre Saad Hariri, dénonce régulièrement les incursions de l’armée syrienne au Liban et le silence du gouvernement sur des enlèvement d’opposants syriens.

Il y a quelques semaines, la police libanaise avait fait savoir que des investigations avaient abouti à l’implication de l’ambassade de Syrie à Beyrouth dans la disparition d’au moins quatre opposants syriens. L’ambassadeur de Syrie au Liban a rejeté ces accusations. «La justice fait son devoir et nous la soutenons», a réagi M. Mikati concernant l’enquête.

Il a par ailleurs réaffirmé la «neutralité» de son gouvernement concernant la situation en Syrie, secouée depuis la mi-mars par une révolte dont la répression par le régime du président Bachar al-Assad a fait plus de 3.000 morts selon l’ONU.

«Nous ne sommes pas une partie, ni avec ni contre. Nous avons adopté la neutralité», a-t-il affirmé. Mercredi, l’opposition avait demandé au gouvernement de cesser son soutien au président Assad.

«La Syrie est un pays voisin et nous avons décidé de rester à l’écart. Nous voulons préserver l’unité du Liban, et ceux qui nous demandent de faire autrement oublient que notre société est divisée et que les Libanais sont divisés», a encore ajouté M. Mikati.

L’armée syrienne a mené des incursions en territoire libanais, tuant trois civils syriens vivant dans des villages frontaliers.