La pénurie latente de carburant au Liban, en pleine crise politique et économique, est due au trafic clandestin avec la Syrie voisine, des passeurs transférant dans ce pays en guerre des approvisionnements subventionnés par les autorités libanaises, a indiqué jeudi Raymond Ghajar. Le ministre démissionnaire de l'Energie, qui gère les affaires courantes dans l'attente d'un nouveau gouvernement, s'exprimait devant la presse après une réunion avec d'autres responsables libanais.

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«Le besoin en carburant sur le marché syrien incite les contrebandiers à le faire passer clandestinement en Syrie pour réaliser des bénéfices très importants, étant donné qu'il est subventionné par l'Etat libanais pour les citoyens libanais», a poursuivi le ministre.

Un bidon de 20 litres de carburant subventionné coûte actuellement au Liban autour de trois dollars au taux de change du marché.

Le carburant, moitié prix en contrebande

En Syrie, des files d'attente pouvant durer jusqu'à six heures se forment devant des stations-service pour n'obtenir qu'une faible quantité du précieux liquide - et de nombreuses stations-service restent fermée. Le gouvernement a augmenté le prix de plus de 50% en mars.

De nombreux Syriens ayant les moyens financiers préfèrent donc acheter du carburant de contrebande, vendu jusqu'à 25 dollars par bidon, au lieu de patienter pendant des heures pour n'avoir qu'une faible ration.

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Des responsables libanais blâment depuis longtemps la contrebande pour expliquer la pénurie de carburant dans leur pays, sans jamais toutefois donner plus de détails. Le carburant «s'évapore», avait indiqué Raymond Ghajar en juillet. «Nous voulons savoir où il va -il y a de la contrebande à coup sûr mais nous ne savons pas encore en quelles quantités.»

Pour de nombreux Libanais, avec la dépréciation historique de la monnaie, les restrictions bancaires draconiennes et l'inflation galopante, leur nation vit peut-être aujourd'hui une situation plus grave encore que les jours noirs de la guerre civile.