A priori, cela ressemble plutôt à une victoire pour le premier ministre libéral sortant Mark Rutte, dont le parti est arrivé en tête lors des dernières législatives du 12 septembre, avec 41 sièges sur 150 à la Chambre basse.

16 milliards d’économies

Conclu le 28 octobre en moins de sept semaines, soit très rapidement dans un pays habitué à patienter des mois avant qu’une coalition gouvernementale émerge, le nouvel accord de gouvernement entre les libéraux et les travaillistes (arrivés en seconde position avec trois sièges de moins) reprend l’idée d’un choc d’austérité défendu durant sa campagne par Mark Rutte. Seize milliards d’euros d’économies budgétaires seront réalisés d’ici à 2017, dont 5 milliards dans les dépenses de santé et 3 milliards dans les allocations de chômage. L’objectif, d’ici à cinq ans, est de limiter le déficit public néerlandais à 1,5% du PIB contre 3,9% en 2011.

La patte des travaillistes se voit surtout dans le choix des coupes budgétaires et dans les mesures sociales qui les accompagnent. Ces derniers, revenus de loin après leur cinglante défaite aux élections européennes de juin 2009, ont ainsi obtenu que les jeunes demandeurs d’asile soient régularisés après au moins cinq années dans le pays, même si parallèlement deux mesures symboles témoignent d’un renforcement des lois sur l’immigration: le séjour illégal va devenir un délit pénal et les aides sociales seront supprimées pour les étrangers qui portent le voile intégral ou ne parlent pas le néerlandais.

Les sociaux-démocrates sont aussi parvenus à remettre en cause les avantages fiscaux pour les emprunts immobiliers, chers à la droite. Les foyers les plus aisés verront par ailleurs leurs impôts s’alourdir, tout comme les charges sur les entreprises.

Le consensus, en fait, s’est établi autour de deux constats: la nécessité de forger une unité gauche-droite face aux populismes, et l’obligation pour les Pays-Bas, où le chômage devrait atteindre 6,5% fin 2012, de remettre en cause leur modèle. «Notre pays vit sur un trop grand train de vie», a asséné Mark Rutte lors de la présentation de l’accord intitulé «Jeter des ponts» aux côtés du leader travailliste Diederik Samson. Celui-ci, largement crédité pour la remontée de son parti, ne rejoindra pas le gouvernement, préférant diriger le groupe parlementaire. Le poste de vice-premier ministre et de ministre des Affaires sociales sera occupé par Lodewijk Asscher, un social-démocrate très centriste.

Drogues douces: abandon

Parmi les mesures symboliques entérinées par la coalition figurent entre autres le démantèlement du monopole public sur les casinos, le renoncement à une éventuelle candidature olympique et l’amputation de 1 milliard d’euros (sur 6 milliards) du budget d’aide au développement. Sous la pression des municipalités inquiètes de voir le commerce des drogues douces reprendre dans les rues, le projet d’obliger les coffee-shops à tenir un registre de leurs clients et l’interdiction d’accès aux étrangers sera enfin abandonné.