Après treize mois de pouvoir seulement, le gouvernement du premier ministre indien Atal Behari Vajpayee est tombé. A l'issue d'un vote de confiance au parlement de New Delhi, la coalition gouvernementale menée par la droite nationaliste du BJP n'a pas réussi à trouver sa majorité. Il s'en est fallu de très peu, une seule voix lui a manqué. Comble de la défaite, c'est à un dirigeant de sa propre coalition – et non à l'opposition – que le premier ministre indien doit sa chute. En effet, c'est Jayalalitha, dirigeant d'un parti soutenant le gouvernement Vajpayee, qui est à l'origine de ce coup de théâtre. Cette ex-star du cinéma du sud de l'Inde reconvertie à la politique a retiré son soutien crucial au premier ministre la semaine dernière, l'obligeant à se soumettre au vote de confiance des parlementaires.

Sonia Gandhi est désormais la mieux placée pour conduire le prochain gouvernement, le cinquième en trois ans. Veuve de Rajiv Gandhi, Indienne d'origine italienne, elle est la présidente du parti du Congrès (la deuxième formation politique du pays en ordre d'importance) et l'héritière politique de la dynastie Gandhi. Mais rien n'est encore gagné pour Sonia Gandhi: encore faut-il qu'elle parvienne à mettre sur pied un gouvernement qui reçoive l'approbation du président de la république et composer avec des partenaires fragmentés aux intérêts divergents – le Congrès ne disposant pas à lui seul d'une majorité au parlement. Nombreux sont les observateurs politiques à parier désormais sur des élections générales anticipées avent celles normalement prévues en 2003.

Quant au gouvernement des nationalistes du BJP, il aura surtout marqué l'histoire de son pays en faisant entrer l'Inde dans le club très fermé des nations au potentiel nucléaire (il en a encore donné la preuve il y a tout juste une semaine avec un test de missiles balistiques capables de porter une charge atomique). Il laisse aussi en héritage une économie libérale aux résultats mitigés, une multiplication des violences intercommunautaires sous la pression des fondamentalistes hindous et l'amorce récente d'un dialogue avec le Pakistan.