Le gouvernement iranien s’oppose à la condamnation par la justice du cinéaste Jafar Panahi à une lourde peine de prison et une interdiction de travailler, a déclaré le chef de cabinet du président Mahmoud Ahmadinejad, cité mercredi par la presse.

«Je l’ai déjà dit par le passé, le jugement contre lui (Jafar Panahi) a été prononcé par la justice, et le gouvernement et le président ne partagent pas cet avis», a déclaré Esfandiar Rahim Mashaie. «Nous n’approuvons pas le fait que Jafar Panahi ne puisse pas travailler pour une longue période» en Iran, a-t-il ajouté.

M. Panahi a été condamné en décembre à six ans de prison, et la justice lui a interdit de réaliser des films ou de quitter le pays pendant les 20 prochaines années pour «participation à des rassemblements et pour propagande contre le régime».

Il a fait appel de ce jugement.

De nombreux intellectuels et associations de défense des droits de l’homme ont pris sa défense et signé une pétition dénonçant la condamnation de Panahi, un des cinéastes iraniens les plus admirés. Connu pour ses critiques sociales grinçantes, il est l’un des cinéastes de la «nouvelle vague» iranienne les plus connus à l’étranger.

Il a notamment reçu le Lion d’or à la Mostra de Venise en 2000 pour «Le cercle» et l’Ours d’argent à la Berlinale en 2006 pour «Hors-jeu».

Il a été primé deux fois à Cannes («Le ballon blanc», Prix de la Caméra d’or 1995, et l’«Or pourpre», Prix du Jury Un Certain Regard en 2000), où son siège de juré avait été symboliquement laissé vide lors de la cérémonie d’ouverture du dernier Festival en mai 2010, alors qu’il se trouvait en prison.

Il avait été arrêté le 1er mars à son domicile de Téhéran avec seize autres personnes, dont sa femme et sa fille, qui ont pour la plupart été libérées.

Un très proche du président Ahmadinejad

M. Mashaie est considéré comme la personnalité la plus proche du président Ahmadinejad, dont le fils a épousé sa fille.

Il est depuis des années la bête noire des ultra-conservateurs religieux du régime, qui dénoncent régulièrement ses déclarations jugées trop libérales et non conformes aux dogmes islamiques en matière de culture, religion ou libertés civiles.

Le quotidien ultraconservateur Kayhan a vivement critiqué mercredi les propos de M. Mashaie sur Jafar Panahi, l’accusant d’avoir «remis en cause la sentence contre un accusé actif dans le mouvement de sédition» (terme utilisé par le pouvoir pour qualifier les opposants à la réélection du président Ahmadinejad).

«M. Mashaie doit dire quel jugement à son avis aurait dû être prononcé contre Panahi. Aurait-on dû lui donner de l’argent en cadeau (...) ou un certificat de mérite?», écrit le quotidien.

Plusieurs polémiques ont opposé au cours des derniers mois l’exécutif au pouvoir judiciaire dominé par les ultra-conservateurs, à propos de condamnations de proches de la présidence ou de la libération de l’Américaine Sarah Shourd notamment.