«Il se passe quelque chose en Allemagne!», titrait cette semaine, tout éberlué, le grand hebdomadaire libéral de gauche Die Zeit. Et de citer la liste des réussites de ce début d'année auxquelles personnes ne croyait plus: un redémarrage, même faible, de la croissance économique, une entrée en vigueur sans trop de casse pour la réforme du chômage «Hartz IV», très chahutée cet été, et la mise en service sans cafouillages du péage autoroutier par satellite Toll-Collect. L'Allemagne bouge enfin.

Même la bonne gestion des suites du tsunami a renforcé la popularité de Gerhard Schröder et de son ministre des Affaires étrangères, Joschka Fischer. Le chancelier a interrompu ses vacances et annoncé un don de 500 millions d'euros et le très populaire ministre a effectué une tournée dans les pays sinistrés.

Du coup, c'est l'opposition chrétienne-démocrate qui patine. Pour la première fois depuis deux ans un sondage donne à égalité la coalition SPD-Verts, au pouvoir, et l'opposition CDU/CSU, avec chacun 45% d'intentions de vote. Le «Politbaromètre» de la chaîne de télévision ZDF confirme lui aussi la remontée constante de la coalition gouvernementale, mais donne toujours l'opposition avec quelques points d'avance. Or, il y a six mois à peine, les chrétiens démocrates d'Angela Merkel et Edmund Stoiber volaient au-dessus des 54%. Depuis l'été, l'opposition ne parvient pas à surmonter sa crise interne et plonge dans les sondages.

Dans les Länder, où l'opposition espérait glaner des succès sans même trop se baisser, rien ne va plus. Au Schleswig-Holstein, la CDU ne croit plus guère à ses chances d'emporter les élections régionales du 20 février contre la ministre-présidente sortante Heide Simonis. Leur chef de file Peter Harry Carstensen s'est révélé très faible dans les débats électoraux et, croit savoir la presse locale, il aurait laissé «une impression catastrophique» lors du séminaire de la présidence de la CDU, au début janvier à Kiel.

En Rhénanie du Nord-Westphalie, où les élections auront lieu au mois de mai, les sondages donnent pour la première fois depuis longtemps une légère avance à la coalition SPD-Verts au pouvoir contre la CDU.

Tous les commentateurs semblent s'être donné le mot: la remontée du SPD dans les sondages doit moins à la réussite des réformes du gouvernement qu'à l'inextricable pêle-mêle qui tient lieu de programme politique à la CDU et à la CSU. D'ailleurs celles-ci peuvent bien proposer tous les concepts imaginables pour la fiscalité, la santé, la politique sociale, elles n'ont pour l'instant pas les personnalités capables de les rendre crédibles dans l'opinion. Le grand expert fiscal Friedrich Merz a jeté l'éponge, le spécialiste de la santé à la CSU, Horst Seehofer, s'est fait remettre dans le rang, la grande figure intellectuelle et morale, l'ancien président du parti Wolfgang Schäuble s'est mis en retrait, et la démission du secrétaire général Laurenz Meyer laisse la CDU comme un troupeau sans chien de berger.

Mais surtout, la tacticienne Angela Merkel, sans charisme, ne convainc pas. De plus en plus de voix venues de l'opposition, dont quelques ambitieux patrons de Länder, font part de leurs doutes sur ses capacités à endosser l'habit de la candidate à la chancellerie. Ainsi, le député bavarois Michael Glos, l'a incitée «à améliorer sa capacité à travailler en équipe». Et Schröder a jeté de l'huile sur le feu en faisant mine de considérer Edmund Stoiber comme le candidat de l'opposition le plus probable pour la chancellerie en 2006.