Le gouvernement libanais de Saad Hariri s’est effondré mercredi après la démission des ministres du camp du puissant mouvement chiite du Hezbollah, en pleine crise sur l’enquête de l’ONU liée à l’assassinat de l’ex-dirigeant Rafic Hariri.

«Les ministres de l’opposition […] présentent leur démission du gouvernement, en espérant que le président de la République (Michel Sleimane) prendra rapidement les mesures nécessaires pour former un nouveau gouvernement», a dit le ministre de l’Energie Gebrane Bassil, lors d’un point de presse à Rabyeh près de Beyrouth, entourés des ministres démissionnaires. Il s’agit de dix ministres du Hezbollah et de ses alliés.

Un onzième ministre, proche du président de la République, le ministre d’Etat Adnane Sayyed Hussein, a présenté sa démission juste après l’annonce de M. Bassil, a rapporté l’Agence nationale d’information libanaise.

Le cabinet, qui compte actuellement 30 ministres, s’effondre si plus d’un tiers de ses ministres (soit 11) se retirent, selon la Constitution. «Le but de cette démission est de paralyser l’Etat en vue de détruire le tribunal», a affirmé Mohammad Rahhal, ministre de l’Environnement proche du premier ministre.

Soutien américain

Les démissions ont été annoncées au moment même où le premier ministre Saad Hariri était reçu à Washington par le président Barack Obama. Ce dernier lui a manifesté son soutien sans faille.

«Les efforts du groupe mené par le Hezbollah pour faire s’effondrer le gouvernement libanais ne font que démontrer sa propre peur et sa détermination à bloquer la capacité du gouvernement à gérer ses affaires et à promouvoir les aspirations de tous les Libanais», a dénoncé Barack Obama dans un communiqué.

Le premier ministre libanais, coupant court à sa visite aux Etats-Unis, va regagner son pays. Selon un responsable libanais à Washington, le chef du gouvernement devrait être reçu à son retour à Beyrouth par le chef de l’Etat, le président Michel Sleimane.

Le TSL, enjeu clé

Le Hezbollah, un mouvement soutenu par la Syrie et l’Iran, affirme depuis des mois s’attendre à être mis en cause dans le meurtre en 2005 de Rafic Hariri, et fait pression sur Saad Hariri pour qu’il désavoue le Tribunal spécial pour le Liban (TSL).

Le mouvement chiite avait donné mardi un délai «de quelques heures» au gouvernement pour prendre une «décision» au sujet du TSL, qui doit rendre prochainement son acte d’accusation sur l’assassinat de Rafic Hariri. Saad Hariri refuse tout compromis sur le tribunal, alors que le parti chiite accuse cette instance d’être «à la solde d’Israël et des Etats-Unis» et de se baser sur de «faux témoins».

«Le TSL doit se poursuivre»

La secrétaire d’Etat Hillary Clinton, en tournée dans le Golfe, a mené des contacts tous azimuts pour souligner la nécessité «d’un consensus international pour soutenir le Tribunal» spécial pour le Liban, selon un responsable. «La question revêt une certaine urgence actuellement», même si le Hezbollah ne semble pas vouloir mobiliser la rue, a-t-il ajouté.

«Nous considérons ce qui s’est produit aujourd’hui comme un effort clair de la part de ces forces internes au Liban, et d’intérêts hors du pays, visant à saper la justice et miner la stabilité du Liban et son progrès», a dit Hillary Clinton lors d’une conférence de presse à Doha.

Mais, a-t-elle averti, «cette tentative de faire tomber le gouvernement dans le but de mettre à mal le Tribunal spécial pour le Liban (TSL) […] ne réussira pas. «Nous estimons que le travail du TSL doit se poursuivre, afin que la justice puisse être servie et qu’il soit mis fin à l’impunité», a-t-elle encore dit, soulignant que de nombreux gouvernements, dont celui des Etats-Unis, soutenaient ce tribunal.

Même son de cloche chez Ban Ki-moon, qui a réitéré son «plein soutien» au TSL. Le secrétaire général de l’ONU a en outre appelé au calme. «Le secrétaire général observe de près la situation au Liban, où la situation évolue rapidement. Il a souligné l’importance du calme», a indiqué son porte-parole Martin, Nesirky.

Créé à la demande du Liban par les Nations unies, le TSL est chargé de juger les responsables de l’attentat ayant coûté la vie à l’ancien premier ministre libanais Rafic Hariri et à 22 autres personnes, le 14 février 2005 à Beyrouth.