A peine Silvio Berlusconi était-il parvenu à colmater les brèches nées à la suite de sa bévue au Parlement de Strasbourg lorsqu'il avait traité, début juillet, un eurodéputé allemand de «kapo» que sa majorité est de nouveau en ébullition. Vendredi, les centristes de l'Union démocratique chrétienne (UDC) ont menacé de se retirer du gouvernement pour protester contre le Garde des Sceaux (Ligue du Nord) Roberto Castelli. Celui-ci a en effet pris l'initiative de bloquer un volet d'une nouvelle enquête concernant Mediaset, l'empire de communication du président du Conseil.

Alors que les juges de Milan qui instruisent le dossier dans lequel Silvio Berlusconi est soupçonné de «fraude fiscale» ont demandé l'acquisition de documents aux Etats-Unis, le Ministre de la Justice a exigé que la requête déjà transmise à l'ambassade américaine à Rome lui soit rendue. Roberto Castelli a estimé que le chef du gouvernement devait être totalement à l'abri des magistrats milanais. Sur la base de la loi sur mesure approuvée en juin, à la veille de la présidence italienne de l'Union européenne, le chef du gouvernement bénéficie d'une immunité prévoyant que tout procès à son encontre soit suspendu durant l'exercice de son mandat. Optant pour une interprétation élastique de la nouvelle norme, Roberto Castelli a bloqué la commission rogatoire estimant que non seulement les procès mais également les enquêtes devaient être suspendus.

«C'est une thèse qui répond aux finalités de la loi», a immédiatement commenté le député de Forza Italia Nicola Ghedini, qui est également l'avocat de Silvio Berlusconi. Mais les centristes ont décidé de monter au créneau. «Si Castelli ne débloque pas la demande de commission rogatoire des juges milanais, je démissionne. Il en va de la crédibilité du gouvernement», a menacé le sous-secrétaire d'État (UDC) à la Justice, Michele Vietti.

Motion de censure

De son côté, Silvio Berlusconi a tenté une nouvelle fois de minimiser le conflit au sein de sa majorité. Début juillet, alors que les dirigeants des différentes composantes de sa coalition multipliaient les passes d'armes, il avait assuré: «J'ai laissé les gamins se défouler.» A propos de l'éventuel retrait des centristes du gouvernement, le président du Conseil a indiqué: «Mais de quelles démissions parle-t-on? Je peux vous assurer qu'ils n'y pensent pas sérieusement.» Alors que les centristes attendaient une marche arrière de Roberto Castelli dès lundi, celui se présentera ce mardi au Sénat où l'opposition veut déposer une motion de censure à son encontre.

Quelle que soit l'issue de cette nouvelle tempête, la majorité de droite apparaît à bout de souffle, en particulier depuis la défaite en juin aux élections administratives partielles. Sur pratiquement tous les sujets, la solidarité gouvernementale est mise à mal. Plusieurs ministres ont menacé de donner leur démission. «Le gouvernement Berlusconi vit dans une permanente et névrotique «mise au point de ses équilibres internes», constatait dimanche Stefano Folli, le directeur du quotidien Il Corriere della Sera. Et cela, alors que le pacte de Silvio Berlusconi avec ses électeurs n'a pas été rempli.

La prospérité économique tant promise n'est pas au rendez-vous et l'hétérogénéité de sa coalition paralyse l'action gouvernementale. A titre d'exemple, la Ligue du Nord ne veut pas entendre parler d'une réforme du système des retraites réclamée avec vigueur par le patronat. «En septembre, la Ligue se déchaînera» a prévenu le leader de la Ligue, Umberto Bossi. Mais convaincu que ce parti est indispensable pour gagner les élections, Silvio Berlusconi ne souhaite pas rompre, pour l'heure, avec ces alliés turbulents mais qui, dans bien des cas, comme dans l'affaire des commissions rogatoires ou de la polémique avec l'eurodéputé Schulz lui assurent un indéfectible soutien. En attendant, la droite fléchit dans les sondages. Selon les enquêtes d'opinion, la majorité aurait perdu par rapport à mai 2001 entre 4 et 8% d'intentions de vote.