L'essentiel

Le débat monte à propos du retour à l'école primaire, prévu le 11 mai, sur lequel le Conseil fédéral devrait s'exprimer demain. Les enseignants disent leur inquiétude.

Les gouvernements français et espagnol ont présenté leur plan de sortie de crise ce jour. Point commun: la progressivité. Devant l'Assemblée nationale, le premier ministre français Edouard Philippe a même évoqué l'hypothèse d'un report du déconfinement prévu le 11 mai.

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■ En images: un deuil brésilien

Ana Maria, raconte le photographe, avait 56 ans. Elle était infirmière à l’hôpital public Salgado Filho, à Rio de Janeiro. Sa fille, Taina dos Santos, précise que dans cet hôpital, faute de moyens, le personnel devait acheter les moyens de protection à ses frais.

Ana Maria a été enterrée ce mardi.


■ En Espagne, pas de retour à l'école avant septembre

Le gouvernement espagnol a fixé ce mardi la feuille de route du déconfinement «progressif» du pays qui se fera par «phases» jusqu'à «fin juin», a annoncé le premier ministre Pedro Sanchez.

«Dans le meilleur des cas, la phase de désescalade vers la nouvelle normalité aura une durée minimale de six semaines» et maximale de «huit semaines pour tout le territoire espagnol»

Les écoles resteront fermées jusqu'en septembre sauf exception pour les activités de remise à niveau ou pour les enfants de moins de 6 ans dont les deux parents ne peuvent pas télétravailler.

D'ici à la fin du processus, les déplacements ne seront permis pour les Espagnols qu'au sein de leur province tandis que l'usage du masque sera «hautement recommandé» en particulier dans les transports en commun.


■ Migros se voit interdire de vendre des livres

Sur demande des librairies Payot, la justice ordonne à Migros Genève de ne plus vendre de livres dans ses magasins, conformément à l'ordonnance fédérale du 13 mars visant à lutter contre la transmission du Covid-19.

Les librairies Payot ont obtenu des mesures provisionnelles et superprovisionnelles, indique l'ATS d'après une information de la RTS. Dans un arrêt rendu vendredi, la Chambre civile de la Cour de justice genevoise «ordonne à la Société coopérative Migros Genève de cesser immédiatement la vente de livres dans l'ensemble de ses magasins de Genève et Vaud».

Mais Payot ne s'arrête pas là. «Le procureur général de Genève a reçu hier une plainte pénale à l'encontre de Migros Genève pour concurrence déloyale due au non respect de l'ordonnance du Conseil fédéral», a indiqué ce mardi le directeur général des librairies Pascal Vandenberghe.

Selon l'ordonnance fédérale, les livres ne font pas partie des biens de consommation courante et ne peuvent donc pas être vendus dans les magasins.


■ Les pays Schengen parlent de levée progressive des contrôles aux frontières

Les ministres de la justice et des affaires intérieures des Etats Schengen ont débattu ce mardi par vidéoconférence d’un assouplissement progressif des contrôles aux frontières. La conseillère fédérale à la Justice Karin Keller-Sutter a indiqué que les ministres sont unanimes pour une levée par étape des restrictions de voyager.

La réouverture progressive des frontières intérieures en Europe doit se faire dans un premier temps. Ce n'est qu'ensuite qu'une réouverture par étape elle aussi des frontières extérieures de Schengen sera possible pour permettre l'entrée de personnes en provenance d'Etats tiers.

Le Département de justice et police examine les scénarios pour une levée des restrictions de voyager, mais la Suisse ne pourra autoriser ses habitants à quitter le territoire national que s'ils peuvent entrer sur le territoire de l'Etat voisin. Il devra donc y avoir accord entre Karin Keller-Sutter et ses homologues français, allemand, autrichien et italien.


■ Les annonces d'Edouard Philippe

Le premier ministre français présente son programme de sortie de crise. Il lance: «Si les indicateurs ne sont pas favorables, il n'y aura pas de déconfinement le 11 mai.»

Le masque. Il a mentionné une obligation du port du masque dans les transports publics, insistant sur le fait que des dizaines de millions d'unités vont arriver. Les entreprises seront tenues d'en proposer aux employés.

Restaurants, culture et sports. Les cafés-restaurants ne vont pas rouvrir. Le premier ministre parle d'un nouveau jalon, le 2 juin – en Suisse, le Conseil fédéral a parlé du 3 juin. Ce jour-là, le gouvernement français statuera sur les restaurants. En attendant, il proscrira toujours les cinémas, les festivals et les grandes manifestations sportives au-delà de 5000 personnes, et «surtout», écrit l'agence AFP, les week-ends à la plage.

Crèches et écoles. Les parents pourront, s'ils le souhaitent, renvoyer les bébés en crèches (par groupes de dix maximum) et les enfants en maternelle et à l'école primaire dès le 11 mai.

Mais ce n'est qu'à partir du 18 mai, dans les départements peu infectés, que la réouverture des collèges sera envisagée, en commençant par les 6e et 5e. La suite ne pourra être considérée que fin mai notamment pour les lycées.

Mobilité. Le premier ministre a indiqué qu'il «sera à nouveau possible de circuler librement» – sauf pour des déplacements de plus de 100 km.

Des modes d'emploi par branches. Edouard Philippe annonce un système de «guides» de bonne conduite par branches, «avec les partenaires sociaux», ce qui n'est pas sans rappeler les «Schutzkonzepte», ou plans de protection, que les autorités fédérales veulent mettre en œuvre.

Un commentaire: «Les raisons d’espérer et de vouloir relancer la machine «France» sont bien maigres», écrit notre correspondant dans son commentaire.


■ Le masque devient globalement obligatoire en Allemagne

Le port du masque contre le nouveau coronavirus sera obligatoire à partir de mercredi dans tous les commerces à Berlin, une mesure déjà prise par l'ensemble des autres régions allemandes, rappelle l'AFP. L'obligation se généralise donc dans le pays.

Après le port du masque obligatoire dans les transports publics, la ville de Berlin a décidé d'imposer ces protections dans les magasins pour notamment «protéger les commerçants», a expliqué ce mardi Andreas Geisel, adjoint à l'Intérieur du maire de Berlin, lors d'une conférence de presse.

Rappelons que l'Allemagne, qui se déconfine peu à peu, constate une aggravation des contaminations ce mardi (lire plus bas).


■ Une commission du National insiste en faveur d'une aide aux médias

Alors que le Conseil fédéral se divise sur la question, les parlementaires insistent sur la nécessité, selon eux, de soutenir les médias en ces temps de crise. La commission de la communication du Conseil national a déposé deux motions identiques aux textes déposés jeudi passé par la même commission des Etats.

Les députés relèvent que la pandémie a aggravé la situation économique dans laquelle se trouvent déjà les médias. Les revenus issus de la publicité ont chuté de 60 à 95%. Paradoxalement, la demande en contenus journalistiques a atteint de nouveaux records.

Dans le premier texte, adopté par 12 voix contre 10 et 2 abstentions, la commission demande au Conseil fédéral de trouver une aide transitoire. L'agence Keystone-SDA-ATS – qui résume ces textes – doit recevoir des moyens financiers supplémentaires, afin de pouvoir proposer gratuitement son service de base en trois langues à ses abonnés. En outre, La Poste doit distribuer gratuitement les journaux locaux et régionaux afin d'assurer leur survie. Le Conseil fédéral doit créer la base légale nécessaire et mettre 25 millions de francs à disposition.

Pour les autres journaux quotidiens, La Poste doit prévoir un tarif avantageux. Les journaux ne devraient bénéficier de cette aide que s'ils renoncent à verser des dividendes pour l'exercice 2020. La mesure pourrait coûter 10 millions. Une minorité s'est opposée à la motion.

La deuxième motion, adoptée à l'unanimité, prévoit une aide immédiate de 30 millions de francs supplémentaires aux radios et télévisions locales. La somme provient de la réserve de fluctuation de la redevance de radio-télévision.


■ Un instantané: à Glasgow, ce mardi


■ Vers un accord sur les loyers des petits commerces?

Surprise: l'Association immobilier Suisse (AIS) - qui regroupe les investisseurs institutionnels (caisses de pension, assureurs et entreprises d’immobilier privées) – confirme une information de la NZZ: elle propose que les petits commerçants soient exonérés de loyer en raison de la crise.

Le bras de fer entre locataires et bailleurs dure depuis plusieurs semaines. Une table ronde organisée par le ministre de l'économie Guy Parmelin n'a pas permis de trouver un accord entre les principaux protagonistes. Le Conseil fédéral a de son côté refusé d'intervenir dans des relations contractuelles entre particuliers.

A présent, l'AIS avance une proposition à la commission de l'économie du Conseil des Etats. Les petits entrepreneurs et les indépendants dont le loyer brut ne dépasse pas le montant de 5000 francs pourraient être dispensés de deux mois de loyer. Seules les charges seraient perçues.


■ La faîtière des coiffeurs demande elle-même des contrôles

L'association professionnelle Coiffure Suisse se réjouit de la reprise de l'activité des salons, où l'ambiance était à la fête après six semaines de confinement. La faîtière appelle néanmoins les collègues coiffeurs ou barbiers à respecter les normes d'hygiène et les cantons à faire des contrôles.

«La reprise s'est bien passée», explique ce mardi Damien Ojetti, président de Coiffure Suisse. Quelques millions de francs ont été généré. L'association se réjouit que la branche qui compte environ 12 000 salons ait pu récupérer du chiffre d'affaires.

Moins réjouissant, «il semblerait que certains barbiers aient travaillé sans masques et n'aient pas protégé leurs clients», note le président de Coiffure Suisse. D'où cet appel aux professionnels et aux cantons.

A propos des reprises de lundi:


■ Cent nouveaux cas de Covid-19 en Suisse en un jour

La Suisse a enregistré ce jour cent nouveaux cas de coronavirus, contre 103 lundi, 167 dimanche et 217 samedi. L'OFSP précise que les chiffres peuvent passablement fluctuer d'une semaine à l'autre.

A ce jour, 1380 personnes sont décédées des suites de la maladie. Le pays compte 29 264 cas confirmés de Covid-19. L'incidence se monte à 341 cas pour 100 000 habitants, indique l'Office fédéral de la santé publique (OFSP) dans son dernier rapport publié mardi.

Vendredi, le délégué pour le Covid-19 de l'OFSP Daniel Koch a indiqué que la tendance à la baisse se confirmait. Il a malgré tout encouragé la population à ne pas se relâcher. L'interdiction des rassemblements de plus de cinq personnes reste en vigueur. La distance de précaution et l'hygiène des mains sont toujours de mise.

Lire aussi:  Quels gestes adopter? Comment ne pas vexer autrui? Bienvenue dans le monde déconfiné

 


■ Les enseignants romands posent leurs conditions

«Beaucoup d'enseignants ont peur de retourner en classe», glisse Samuel Rohrbach, président du Syndicat des enseignants romands (SER), à l'agence ATS. Il estime que les dernières annonces de la Confédération sur les jeunes ne sont pas rassurantes, et que la reprise pose des questions de base. «Certaines classes n'ont par exemple pas de lavabos».

A un jour des annonces, mercredi, du Conseil fédéral à ce propos, le SER pose des conditions:

  • Toutes les écoles doivent appliquer des mesures strictes en matière sanitaire.
  • Les établissements doivent disposer des ressources nécessaires pour assurer l'hygiène des locaux toute la journée et non plus seulement après la fin des cours.
  • Les personnes vulnérables et leurs proches, qu'il s'agisse des élèves ou des profs, doivent être autorisées à rester à la maison selon une procédure d'annonce claire.
  • Les effectifs des classes doivent être adaptés afin de respecter les distances de sécurité.
  • Pour éviter une mise en œuvre chaotique, la Confédération est enfin priée d'imposer des règles afin d'assurer une coordination entre les cantons.

Si les cantons et communes ne peuvent pas remplir ces conditions, le SER demande de repousser le retour dans les classes d'une ou deux semaines.

A noter que sur son site, le SER relaie la pétition vaudoise contre la rentrée le 11 mai (ci-dessous).

Lire aussi:  L’école rouvre-t-elle pour de bonnes raisons?

Notre débat en vidéo:


■ Déjà 18 000 signatures contre le retour à l'école le 11 mai

Lancée il y a une semaine, la pétition a déjà glané 18 000 signatures. Le texte demande de renoncer à la reprise le 11 mai. Il a été lancé par des parents vaudois qui, dans leur communication aux médias, disent vouloir «rester anonymes».

Ils écrivent notamment: «En l'absence de validations scientifiques sur l'impact du virus sur les enfants, sur son mode de transmission, alors qu'environ seul 7-10% de la population a été contaminée, il est inconcevable d'imaginer une réouverture des écoles le 11 mai. Nous refusons de prendre un risque d'expansion non quantifiable et non qualifiable de l'épidémie.»

Les auteurs plaident pour une reprise volontaire début juin et mise sur la préparation de la rentrée en août.

Hier en Norvège, les écoles primaires ont rouvert dans un climat marqué par un débat exactement similaire (voir nos nouvelles de lundi). Des parents contestent le retour à l'école en estimation que cette décision constitue une «expérimentation».


■ Une dégradation en Allemagne

Les premiers signes d'aggravation de l'épidémie apparaissent en Allemagne. Le taux d'infection ou taux de reproduction, très surveillé par les autorités, a de nouveau atteint le seuil de 1,0, selon des chiffres publiés lundi soir par l'Institut Robert Koch, chargé de surveiller l'évolution de la pandémie dans le pays. Cela signifie que chaque malade contamine une autre personne.

Le gouvernement allemand et les virologues ont jusqu'ici toujours souligné l'importance d'avoir un taux inférieur. C'est la première fois depuis mi-avril que ce taux d'infection atteint le seuil de 1,0. Il était alors descendu 0,7, avant progressivement de remonter.

Par ailleurs, le taux de létalité des cas de Covid-19 continue jour après jour de progresser. Il s'établit à 3,8% selon les derniers chiffres de l'Institut, ce qui reste malgré tout inférieur aux pays voisins de l'Allemagne.

Ces nouvelles peu réjouissantes tombent ce mardi matin, alors que depuis le début de la semaine passée, le pays est en phase de desserrement de l'étau sanitaire.

Le gouvernement fédéral et les Länder – qui ont le dernier mot en matière de santé – doivent discuter des prochaines étapes du déconfinement jeudi, avant des décisions attendues le 6 mai.


■ Les JO de Tokyo déjà remis en cause

Les Jeux olympiques de Tokyo 2020, reportés à l'été 2021 à cause de la propagation du Covid-19, seront annulés si la pandémie n'est pas maîtrisée d'ici là, a déclaré mardi dans une interview le président du comité japonais d'organisation, Yoshiro Mori.

Si la pandémie est toujours en cours «alors il faudra annuler» les Jeux, a déclaré Yoshiro Mori dans une interview accordée au quotidien sportif Nikkan, expliquant qu'il serait impossible de les reporter une nouvelle fois.


■ 3 millions de personnes infectées

Le monde a franchi lundi le seuil symbolique des trois millions de cas recensés du nouveau coronavirus, a noté cette nuit l'agence AFP.

En termes de décès, avec près d'un tiers des cas et plus de 56 000 des 210 000 victimes mondiales, les Etats-Unis sont de loin le pays le plus touché mais il existe de fortes disparités régionales entre les zone rurales très peu concernées et la région de New York par exemple, épicentre de la crise.