Passablement énervé par les milliers de personnes qui se sont ruées sur les quelques plages de Californie restées ouvertes, le gouverneur Gavin Newson a haussé le ton lundi, insistant sur l'efficacité des consignes de confinement pour endiguer le coronavirus. 

«Le virus n'est pas de repos le week-end. (...) La seule chose qui puisse nous faire régresser, c'est que les gens cessent de respecter la distanciation sociale. C'est la seule chose qui ralentira notre capacité à rouvrir l'économie», a lancé le gouverneur californien, lors d'un point de presse lundi, affirmant toutefois vouloir privilégier à ce stade la pédagogie sur la répression.

«Je pense que c'est une meilleure approche. Si quelqu'un a perdu son travail, la dernière chose qu'il veut c'est de recevoir une amende alors qu'il promène son chien ou qu'il est à la plage en famille», a plaidé le gouverneur, qui n'exclut pas des sanctions pour ceux qui abusent «et mettent la vie des autres en danger».

La levée des mesures de confinement sera très progressive et n'interviendra pas avant plusieurs semaines, a répété Gavin Newsom. «Ces images que nous avons vues ce week-end (...) sont l'exemple même de ce qu'on ne veut pas voir, de ce qu'il ne faut pas faire si on veut poursuivre les progrès significatifs accomplis ces dernières semaines.»

«La vie doit continuer»

De nombreux Californiens, cloîtrés depuis cinq semaines, ont afflué samedi et dimanche, à la faveur de températures dépassant 30°C, sur des plages des comtés d'Orange et de Ventura, qui n'ont pas été fermées par les autorités locales contrairement à celles du comté de Los Angeles voisin. C'était notamment le cas à Huntington Beach, bastion républicain situé à une cinquantaine de kilomètres au sud de Los Angeles.

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«C'est la première fois que je sors depuis le 23 mars», a assuré à l'Agence France Presse (AFP) Amy Hughes. «Je fais ce que j'ai à faire. On garde nos distances mais la vie doit continuer», estime la jeune femme. «On est dans un espace ouvert, on reste à 2 mètres des autres. Et puis, il fait de plus en plus chaud...», plaidait de son côté Andrew Matthew.

Les parkings bordant les plages du comté d'Orange sont fermés pour éviter tout afflux massif de visiteurs mais la fréquentation des plages n'est pas strictement interdite, a relevé une porte-parole du shérif local. Elles restent ouvertes à la promenade pour les riverains, même si le bronzage statique et les châteaux de sable ne sont théoriquement pas de mise.

Bilan relativement modeste en Californie

L'aubaine a attiré de nombreux habitants des comtés voisins de Los Angeles et San Diego, où les plages, surveillées par la police depuis plus d'un mois, sont restées désertes ce week-end. La plupart des visiteurs ne portaient pas de masques mais respectaient les mesures de distanciation sociale, ont confirmé les autorités locales, qui ont procédé à des rappels aux consignes mais n'ont pas verbalisé.

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«Je suis inquiet», a réagi en écho John Swartzberg, spécialiste des maladies infectieuses de l'université de Californie à Berkeley. «Si les gens qui vont à la plage peuvent assurer qu'ils restent à plus de deux mètres de distance des autres et ne touchent rien... alors ça va. Mais je pense qu'il y extrêmement peu de chances que ça se passe ainsi», a averti l'expert, interrogé par le LA Times.

La Californie a rapidement mis en place des mesures de confinement généralisé, ce qui a permis de contenir la propagation du coronavirus et d'empêcher l'engorgement des hôpitaux, synonyme de nombreux décès, selon les experts. A ce jour, quelque 45 000 cas de coronavirus et près de 1800 décès ont été recensés en Californie, un bilan relativement modeste pour un Etat qui était l'un des principaux foyers au début de la crise sanitaire.