Le gouverneur de Hongkong durcit le ton

Chine Les autorités de l’ancienne enclave britannique veulent imposer la réforme électorale voulue par Pékin

C. Y. Leung met la pression sur les députés démocrates et instrumentalise les tribunaux

Cela devient un rituel. Chaque jour, depuis près de deux semaines, des parapluies jaunes sont ouverts et des bannières demandant un véritable suffrage universel sont brandies devant le quartier général de la police de Hongkong, à Wan Chai. Cette mobilisation est organisée en soutien aux représentants des étudiants et des parlementaires convoqués pour répondre de leurs actions pendant les 79 jours d’occupation des rues de Hongkong à la fin de l’an dernier.

La police convoque, interroge, mais n’inculpe ou n’emprisonne personne. Jusqu’à présent, tous les leaders de la contestation sont ressortis libres. Ce fut encore le cas ce dimanche pour Alex Chow, le secrétaire général de la fédération des étudiants. Cette semaine viendra le tour des trois fondateurs d’Occupy Central ainsi que celui de Jimmy Lai, le propriétaire de Next Media, pro-démocrate. Il s’agit d’une «politique d’intimidation, à la frontière entre l’Etat de droit et la politique», décrypte un avocat.

Cela participe de la pression qui monte sur le camp pro-démocratie pour qu’il accepte la réforme électorale décidée par Pékin. Cette réforme a conduit l’an dernier aux plus grandes manifestations depuis la rétrocession de l’ancienne colonie britannique à la Chine. Le texte prévoit qu’en 2017 le prochain chef de l’exécutif de Hongkong sera élu au suffrage universel direct. Cependant, les deux ou trois candidats autorisés à se présenter auront été présélectionnés par un comité supposé ­acquis à Pékin. Pour entrer en vigueur, le texte doit être adopté par au moins deux tiers des 70 membres du Legco, le parlement. Or les démocrates y disposent d’une minorité de blocage.

Après avoir vaincu la rue, les manifestations n’ayant conduit à aucun amendement du nouveau mode de scrutin, le gouvernement compte à présent s’imposer au Legco. Mercredi passé, le chef de l’exécutif y a tenu son discours annuel de politique générale. Plutôt que de commencer par les sujets économiques, comme c’est la coutume, C. Y. Leung a attaqué par la réforme constitutionnelle. Malmené en début de séance par des députés pro-démocratie qui ont fini par quitter la salle, certains étant même expulsés, il a fustigé les «erreurs» des étudiants. Il s’est aussi inquiété de l’«anarchie» qui pourrait éclater si les manifestations devaient reprendre et a appelé à voter en l’état le texte, qualifié d’«historique». Actuellement, le chef de l’exécutif est élu par un collège de 1200 membres représentant Hongkong et ses 7 millions d’habitants.

Enfin, C. Y. Leung, dont la popularité est remontée dans le dernier sondage d’opinion, a lancé une ­réforme de l’éducation pour améliorer la «connaissance» de la Chine continentale. Demandée ouvertement par Pékin, elle rappelle celle qui, en 2012, avait jeté dans la rue les Hongkongais protestant contre un lavage de cerveaux.

Professeur associé de droit à la City University de Hongkong, ­Surya Deva juge les propos de C. Y. Leung «hautement décevant». Occasion de rassembler les Hong­kongais, son discours «n’a rien apporté de constructif. Le gouvernement agit comme s’il n’avait pas besoin de tenir compte» des récentes manifestations, décrypte le juriste. Egalement éditeur de la revue Business and Human Rights Journal, il observe aussi une «dramatisation la situation» avec des relents de «propagande». Un exemple: «C. Y. Leung utilise les mots «Nous restons en alerte», relève Suyra Deva. C’est ce que les Etats disent en parlant des attaques terroristes, pas des débats politiques. On croirait aussi entendre les leaders du Parti communiste lorsqu’ils critiquent des forces étrangères.»

Les démocrates opposeront-ils donc leur veto à la réforme, probablement soumise au Legco cet été? «C’est très probable, estime Surya Deva. Le gouvernement va cependant essayer de les diviser, d’acheter certains votes. Il mène aussi campagne avec l’argument des 5 millions de votants. Si les démocrates posent leur veto, ils empêchent 5 millions de personnes de choisir le prochain chef de l’exécutif, fût-il présélectionné par Pékin. Or un tel vote ne s’est jamais vu dans l’histoire de Hongkong, ni dans celle de la Chine! Le gouvernement a donc la part belle pour dire que les démocrates jouent en réalité contre les électeurs. Si l’argument porte, il pourrait conduire à une sanction dans les urnes, lors de la réélection du Legco fin 2016. Certains démocrates ne voudront peut-être par courir ce risque.»

La pression ne viendra pas que du gouvernement. Il y a quelques jours, le Ministère britannique des affaires étrangères a fait savoir que cette réforme constitutionnelle «valait mieux que rien».

«Si les démocrates posent leur veto, ils empêchent 5 millions de personnes d’élire le chef de l’exécutif»