Analyse

Grâce au climat, Emmanuel Macron repeint l’Europe en continent d’avenir

En brisant le tabou d’une déclaration élyséenne en anglais, et en affirmant que les Etats-Unis ont tourné le dos au monde, le président français intègre le climat dans l’offensive pour réinventer l’Europe qu’il juge indispensable

Il fallait une formule choc, simple, directe, franche sans être agressive. Emmanuel Macron l’a prononcée jeudi 1er juin peu de temps après le début de sa déclaration en français, puis en anglais, une première depuis le palais de l’Elysée: «Sur le climat, il n’y a pas de plan B parce qu’il n’y a pas de planète B.»

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Quelques minutes après avoir redit aux Américains «La France croit en vous. Le monde croit en vous», le jeune chef de l’Etat français a donc pris Donald Trump au mot. Son homologue américain déplore les conséquences de l’accord de Paris sur le climat sur les industries lourdes et polluantes de son pays? Fort bien. L’Europe, avec ses autres alliés, et avec le renfort des scientifiques invités à s’installer en France, s’attellera à changer le monde. L’ultime pied de nez est le slogan détourné de Trump. Le locataire de la Maison-Blanche avait adopté «Make America Great Again» («rendre sa grandeur à l’Amérique»). Emmanuel Macron n’a changé que deux mots: «Make our planet great again» («rendre sa grandeur à la planète»).

Macron prend la tête d’une offensive

La vraie rupture n’était toutefois pas, peu avant minuit jeudi, dans ces phrases prononcées pour faire mouche auprès du public, de la communauté internationale, et de la communauté scientifique et climatique qui se sent lâchée par les Etats-Unis. Elle se trouve dans le positionnement d’Emmanuel Macron qui, en ralliant à lui dès hier la chancelière allemande et le président du Conseil italien puis en annonçant ses prochaines discussions samedi avec le premier ministre indien Narendra Modi, a pris la tête d’une offensive: celle d’une Europe capable de dessiner l’avenir.

Ses adversaires? «L’ignorance et l’obscurité». La nouvelle donne stratégique: «Les Etats Unis ont décidé de tourner le dos au monde.» Le projet? Un nouveau plan d’action concret pour relancer l’accord «non renégociable» de Paris sur le climat. Le discours du président français était aux antipodes de celui de Donald Trump. Au premier, le sort de l’humanité. Au second, celui des contribuables américains…

Discours opposés

Le fait le plus saillant, mais pas le plus visible, est surtout la différence de contenu de ces deux allocutions. Plus français que jamais, calé sur les principes, Emmanuel Macron n’a pas un instant fait place aux arguments économiques, industriels et fiscaux de Donald Trump. Répétant plusieurs fois son amitié pour les Etats-Unis et le peuple américain, le président français n’a pas voulu jouer au boutiquier comme l’hôte de la Maison-Blanche.

A propos de l’accord: Climat: l’accord de Paris en cinq mots

Mais Emmanuel Macron sait aussi que l’Europe, en l’état, n’a pas les moyens financiers de la mission qu’il lui assigne pour conduire la transition écologique mondiale. A moins que, très vite, les chefs d’Etat ou de gouvernement de l’UE ne décident d’en faire une absolue priorité…

Message limpide

On voit le schéma. C’est celui que tous les diplomates attendaient, et que Donald Trump a offert sur un plateau à un président français qui a, sans hésiter, brisé le tabou linguistique pour s’exprimer tour à tour dans la langue de Molière puis dans celle de Shakespeare. Sur le climat, Emmanuel Macron a redonné à la France une mission en partant du principe que son homologue américain se retrouvera vite isolé. Impossible, en somme, de faire désormais confiance à Donald Trump.

Notre éditorial à propos de cette position sur le climat: Donald Trump, fossoyeur de la crédibilité de l’Amérique

Le message présidentiel français au monde était hier limpide: vous avez le choix. Parier sur des Etats-Unis qui peuvent, du jour au lendemain, vous laisser tomber. Ou vous rapprocher de l’Europe dont les ressources universitaires et scientifiques seront mobilisées. Le coup porté est habile. A condition que, très vite, la diplomatie française puisse aligner des succès au service du climat afin d’isoler le plus possible la Maison-Blanche. George Bush, à l’époque de l’Irak, avait non seulement rallié le Royaume-Uni à ses côtés, mais il avait fracturé l’est du continent. S’il veut sauver les Accords de Paris, le président français doit rapidement démontrer qu’il n’est pas un idéaliste, mais un bâtisseur d’effectives coalitions.

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