Les fins de mandat sont propices aux décisions à même de lustrer un bilan. Barack Obama ne déroge pas à la règle. Mardi, trois jours avant de céder le bureau ovale à Donald Trump, le président a commué la peine de Chelsea Manning. Avant qu’il ne change de sexe en prison, Bradley Manning avait transmis des centaines de milliers de documents sur la brutalité de l’armée américaine en Irak et en Afghanistan au site Wikileaks, qui accédait ainsi à la notoriété globale.

«A la limite de la torture»

Bradley Manning avait été condamné en 2013 à 35 ans de prison par une cour martiale. La lanceuse d’alerte, devenue aussi une icône transgenre, sera libérée le 17 mai 2017, alors que sa peine courait jusqu’en 2045. Cette mesure de clémence, il ne s’agit pas d’une grâce et d’une libération immédiate, ne fait pas oublier l’acharnement de l’administration Obama contre les lanceurs d’alerte. Chelsea Manning aura passé sept ans derrière les barreaux, dans des conditions très dures, «à la limite de la torture» selon l’ONU.

«Durant cette présidence, les personnes qui ont transmis des documents d’intérêt public à la presse ont été poursuivies et emprisonnés comme jamais auparavant», estimait en décembre dernier Michael Strangio, l’un des avocats de Chelsea Manning. Soit une dizaine d’affaires pendant les deux mandats d’Obama. Au total, la justice a prononcé des peines plus lourdes que pendant toute l’histoire américaine.

Chelsea Manning et Edward Snowden, deux cas différents

Les défenseurs des droits de l’homme, comme l’Union américaine pour les libertés civiles (ACLU), dénoncent en particulier le recours à une loi sur l’espionnage en temps de guerre datant de 1917. La Maison Blanche a bien précisé que le cas de Chelsea Manning était différent de ceux de Julian Assange, le fondateur de Wikileaks, et de l’ancien contractant de la NSA (Agence nationale de la sécurité) Edward Snowden. Ce dernier a fui en Russie «dans les bras d’un adversaire», a rappelé un porte-parole de la Maison Blanche.

Solder l’héritage Bush

Chelsea Manning avait révélé les crimes commis sous George W. Bush, responsable de l’intervention en Afghanistan et de l’invasion de l’Irak. Julian Assange et Edward Snowden, eux, ont eu le malheur de s’en prendre à l’administration Obama. Julian Assange a continué de publier des documents secrets américains, notamment des câbles diplomatiques. Plus récemment, Wikileaks a rendu public des e-mails de l’équipe de campagne d’Hillary Clinton, ce qui a déstabilisé la démocrate. Edward Snowden a révélé au grand jour l’espionnage massif mené par les Etats-Unis, y compris de leurs alliés.

Julian Assange est coincé depuis quatre ans dans l’ambassade d’Equateur à Londres. La justice suédoise réclame son extradition pour une affaire de viol présumé mais le fondateur craignait ensuite d’être extradé aux Etats-Unis. Mercredi, l’Australien a répété qu’il était prêt à s’expliquer devant la justice américaine, maintenant que Barack Obama a fait preuve de clémence envers Chelsea Manning. Mais «à condition que ses droits soient garantis», a précisé Wikileaks.

Le fondateur de Wikileaks espère peut-être que son cas soit examiné d’un œil différent sous la présidence de Donald Trump. Ce dernier a en effet bénéficié des révélations du site dans la course à la Maison Blanche. Quant à Edward Snowden, poursuivi pour avoir transmis des documents secrets, la Russie a prolongé son permis de séjour en Russie jusqu’en 2020.

Champion des remises de peine

Mardi, le président Obama a réduit les peines de 272 autres détenus. Seule une minorité d’entre eux ont été graciés, ce qui leur permettra de recouvrer leurs droits civiques. Barack Obama se targue d’être le président qui a été le plus généreux en la matière. Donald Trump ne pourra pas revenir sur ces remises de peine, même si les Républicains n’ont pas manqué de critiquer la libération prochaine de Chelsea Manning.

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Pour le reste, la marge de manœuvre du président pendant les ultimes jours de son mandat, est limitée pour prendre des décisions qui ne soient pas renversées par l’administration suivante. Le 20 décembre dernier, Barack Obama a, par exemple, sanctuarisé une partie de l’Arctique contre les forages pétroliers. Le président s’appuyait sur une loi existante. Donald Trump ne devrait pas pouvoir revenir sur cette décision. Pour consolider son bilan environnemental, Barack Obama a aussi annoncé mardi le versement de 500 millions de dollars au Fond vert de l’ONU. Mais cette contribution était prévue dans le budget 2016.