Alors qu'à Davos, l'unanimité semblait se faire vendredi autour d'un retour de l'ONU en Irak, un message d'apaisement allant dans ce sens est venu des bords de l'Euphrate. Considéré par les chiites (60% de la population) comme le plus sage de leurs leaders religieux, le grand ayatollah Ali Sistani a appelé hier à la suspension des manifestations en faveur d'élections directes. Par la bouche de son représentant, qui s'exprimait dans son prêche du vendredi à Kerbala, le grand ayatollah – qui n'apparaît jamais en public – a annoncé que «la Marjaiya (ndlr: la plus haute autorité religieuse chiite) estime nécessaire d'attendre que les Etats-Unis et l'ONU clarifient leurs positions concernant la procédure des élections pour choisir le prochain gouvernement et la loi fondamentale provisoire de l'Etat».

La semaine dernière, des milliers de chiites avaient manifesté pour réclamer des élections et clamer leur refus de l'accord sur la passation des pouvoirs conclu entre la coalition et le Conseil de gouvernement irakien. Cet accord prévoit que l'assemblée transitoire sera issue d'un mode de désignation indirecte, alors que l'ayatollah Sistani réclame des élections directes. Les manifestations des chiites se sont déroulées alors qu'une délégation du Conseil de gouvernement rencontrait Kofi Annan et le proconsul américain Paul Bremer à New York. A l'issue des entretiens, le secrétaire général de l'ONU avait indiqué qu'il étudiait «la possibilité d'envoyer une mission en Irak pour offrir ses conseils sur le terrain». Passant de la parole aux actes préparatoires, l'ONU a annoncé hier soir qu'une équipe de liaison spécialiste de la sécurité était arrivée à Bagdad.

Reste que si le grand ayatollah joue l'apaisement, le chef radical chiite Moqtada Sadr a de nouveau joué vendredi les trouble-fête. «Je refuse que l'ONU participe ou supervise des élections, car l'ONU n'est pas honnête, suit les Etats-Unis et a donné une légitimité à l'occupation», a-t-il lancé menaçant dans son prêche du vendredi. Affaire à suivre. De près.