Il n'y a eu ni «cartons rouges», ni «cartons jaunes». Pat Cox, le président du Parlement européen, a conclu ainsi jeudi les trois jours d'audition des dix commissaires des nouveaux Etats membres qui rejoindront le collège européen à Bruxelles le 1er mai. Tous ont été approuvés «à l'unanimité», a souligné Pat Cox, et devraient se voir confirmés dans leurs nouvelles fonctions lors d'une session quasi cérémonielle à l'assemblée de Strasbourg, le 5 mai prochain, où députés élus et observateurs des nouveaux pays voteront, pour une fois, tous ensemble.

Trois femmes (la Lettone Sandra Kalniete, la Lituanienne Dalia Gribauskaite et la Polonaise Danuta Hübner) et sept hommes (le Hongrois Peter Balazs, le Maltais Joe Borg, le Slovène Janez Potocnik, le Tchèque Pavel Telicka, le Slovaque Jan Figel, le Chypriote Markos Kyprianou et l'Estonien Siim Kallas) ont partagé cette semaine l'angoisse des candidats face aux examinateurs. Les parlementaires européens s'étaient en effet coulés pour l'occasion dans le rôle d'experts, chargés de mettre tour à tour sur le gril, une heure et demie durant, ces hommes et ces femmes désignés par leurs pays respectifs pour rejoindre l'exécutif.

S'il était presque impensable que l'un ou l'autre soit recalé, l'exercice n'a pas été que de pure forme et certains parlementaires se sont délectés de voir les aspirants commissaires s'empêtrer dans des dossiers techniques, dont ils n'avaient, pour la plupart, pas encore de connaissances approfondies. Certains récoltent donc, malgré l'enthousiasme de rigueur à la fin de l'exercice, des commentaires sévères. C'est ainsi que le Slovaque Jan Figel, qui secondera Erkki Liikanen à l'industrie, a buté sur le dossier très sensible du programme d'évaluation et de classement des substances chimiques. Ses réponses ont été jugées «très évasives et superficielles». Le Maltais Joe Borg, qui s'occupera de l'aide au développement aux côtés de Poul Nielson, n'a pas convaincu qu'il avait «l'expérience» et la «vision politique» requises. Quand à son collègue chypriote, Markos Kyprianou – qui sera dévolu à la gestion du budget européen –, il a suscité ce commentaire perfide des examinateurs: «Il ne peut être qualifié de candidat de première force.»

Certains députés ont interrogé les candidats sur leur passé politique. Dans la ligne de mire, le Tchèque Pavel Telicka qui fut brièvement membre du Parti communiste dans les années 80 et l'Estonien Siim Kallas, doté d'un solide passé communiste et qui devra désormais, en poste à l'économie, veiller à l'orthodoxie budgétaire des Etats membres. L'Estonien s'est dit «très calme» sur la question, affirmant que tout avait été rendu public et clarifié. Quand au Tchèque, il a plaidé l'erreur de jeunesse et estimé que son attitude depuis prouvait largement son attachement aux valeurs démocratiques.

Profil de bon élève

Alors que la droite du parlement avait semblé un temps vouloir barrer la route aux anciens communistes, ni les uns ni les autres n'ont eu finalement à en pâtir: leurs évaluations respectives sont plutôt positives et Siim Kallas récolte même des éloges soutenus pour ses «excellentes qualifications», sa «très bonne formation universitaire d'économiste» et son «expérience riche et variée acquise dans les secteurs privé et public».

Si Pat Cox et les présidents de commission ont salué l'enthousiasme des candidats qui amèneront, jurent-ils, un nouvel élan à l'exécutif européen, aucun futur commissaire n'a pris le risque de se montrer vraiment flamboyant ou audacieux. La plupart ont adopté un profil de bon élève durant leurs auditions, répondant très diplomatiquement et de manière très consensuelle aux questions posées. Même s'ils voteront avec la Commission Prodi dès le 1er mai, ils ne seront que suppléants, héritant chacun d'un dossier déjà géré par un autre commissaire. Ils auront six mois pour faire leurs preuves, mais n'échapperont pas à un second grand oral, s'ils veulent, en novembre prochain, devenir commissaires à part entière au sein d'un exécutif européen cette fois entièrement renouvelé.