L’exécutif européen n’a pas de mandat électif. Si c’est une lacune, elle est comblée, en tout cas partiellement, grâce aux auditions par les représentants élus qui siègent au Parlement européen.

Prévu par le traité de Lisbonne, le grand oral n’est de loin pas une opération fantoche. Il est vrai que le mariage de raison conclu entre les trois grandes familles politiques met les commissaires désignés à l’abri d’un vote négatif. Pour l’ensemble, ils sont tous affiliés à l’une ou l’autre famille et chacun se tient par la barbichette.

A l’exception du Britannique Jonathan Hill désigné à la Stabilité financière et aux Services financiers. Le conservateur britannique est l’ami de David Cameron qui n’arrête pas de mettre en cause l’appartenance du Royaume-Uni à la grande famille européenne. Membre d’un groupe isolé «Conservateurs et réformateurs européens», il a, on l’a vu lors de son audition mercredi, été attaqué de toutes parts.

Il faut dire que les Verts européens qui n’ont pas trouvé de la place au sein de la grande coalition sont hyperactifs, Sans pouvoir faire barrage, ils mettent les commissaires désignés à rude épreuve avec une certaine efficacité. Leur revendication pour que Jean-Claude Juncker accorde un peu plus d’importance au changement climatique n’est pas passée inaperçue.

L’exercice du grand oral sert aussi à débusquer les conflits d’intérêt que les commissaires désignés pourraient avoir dans l’un ou l’autre domaine. L’empressement avec lequel plusieurs d’entre eux se sont séparés de leurs actions d’entreprises juste avec leur audition en est la preuve.

Dans le cas de l’espagnol Miguel Arias Canete, les députés inquisiteurs ont dévoilé ses intérêts dans l’industrie pétrolière. Il a certes vendu ses participations dans deux entreprises espagnoles la semaine dernière, mais des membres de sa famille y maintiennent toujours des intérêts financiers. Les questions sont légitimes dans la mesure où l’ancien ministre est désigné pour occuper le portefeuille de l’Energie et du Climat.

Enfin, le grand oral sert aussi à avoir une idée sur les compétences techniques des commissaires désignés dans leurs domaines respectifs. Il est vrai que leur fonction est avant tout de mettre en œuvre les décisions prises par le Conseil européen et que leur marge de manœuvre pour formuler des politiques est limitée dans la mesure où le budget de l’Union pour la période 2014-2020 est déjà sous toit. Il n’empêche que les auditions font découvrir des personnalités aux grandes ambitions européennes et avec qui les 500 millions Européens auront à faire durant les cinq prochaines années.