Ukraine

La grande angoisse des Ukrainiens face à Trump

Alors que les Etats-Unis font figure de principal soutien de Kiev, la nouvelle administration républicaine pourrait être bien plus conciliante avec Moscou

Alors que le tout Kiev politico-médiatique avait misé les yeux fermés sur Hillary Clinton, jugée pro-ukrainienne, l’élection de Donald Trump fait l’effet d’une douche glacée auprès des élites ukrainiennes. En effet, alors que la guerre du Donbass s’embourbe dans son troisième hiver, on craint sur les bords du Dniepr que Washington lâche du lest sur la levée des sanctions internationales contre la Russie et révise tout simplement ses priorités géopolitiques.

L’homme du Kremlin

Même les amis de l’Ukraine outre-Atlantique s’alarment. «Le plus gros perdant de cette nuit [du 8 novembre] est l’Ukraine. Ukrainiens, votre seule chance est d’être vraiment sérieux sur le plan des réformes et de garder le soutien des Européens», a tweeté dans la foulée des résultats de l’élection Michael McFaul, ancien ambassadeur des Etats-Unis à Moscou, désormais professeur de science politique à Stanford, réputé proche des démocrates.

Depuis le début de la campagne, Donald Trump a été perçu à Kiev comme l’homme du Kremlin. D’ailleurs, le magnat new-yorkais ne laisse planer aucun doute sur son penchant pro-russe ou ses lacunes sur le dossier ukrainien: il affirme ainsi le 1er août sur ABC que «Poutine ne va pas en Ukraine», niant l’implication militaire russe dans le Donbass, tout en reconnaissance la légitimité de l’annexion de la Crimée par Moscou.

«Trump est dangereux pour l’Ukraine et les Etats-Unis»

A Kiev, où le soutien politique et financier des Etats-Unis est cruvial, le choix est rapidement fait. «Trump est dangereux pour l’Ukraine et les Etats-Unis», a commenté l’été dernier le ministre de l’Intérieur Arsen Avakov. Le 24 septembre, lorsque le président Petro Porochenko s’est rendu à l’Assemblée générale des Nations unies à New York, il a été snobé par Donald Trump tandis qu’Hillary Clinton lui a accordé une entrevue bienveillante.

Au mois d’août, une enquête a révélé que Paul Manafort, le directeur de campagne d’alors de Donald Trump, a touché près de 13 millions de dollars en liquide de 2007 à 2012 pour ses services de conseiller auprès du président déchu Viktor Ianoukovitch. Les réformistes ukrainiens jubilent, et à l’unisson de Serhiy Leshchenko, le député qui a découvert le pot aux roses, estiment avoir «peut-être sauvé» les Etats-Unis du péril Trump.

Félicitations timides

Ils n’avaient rien vu venir. Le 9 novembre, les médias tombent des nues. «Un rustre, un ignare et un raciste: rencontrez le nouveau président des Etats-Unis», titre l’hebdomadaire Novoe Vremia. «L’Ukraine a parié sur Clinton et a perdu», commente Kateryna Kruk, politologue et conseillère auprès du parlement. «Des politiques ont déjà nettoyé leurs comptes Twitter de leurs déclarations sur Trump», constate Mykhailo Minakov, politologue à l’académie Mohyla de Kiev.

Timidement, Petro Porochenko et le premier ministre Volodymyr Groïsman «félicitent» Donald Trump, le temps de prendre la température. La nouvelle ambassadrice américaine, Marie Yovanovitch, se veut rassurante sur le soutien résolu de l’administration américaine au-delà de l’alternance. Mais signe des inquiétudes suscitées, la dette souveraine ukrainienne libellée en dollars est attaquée sur les marchés dès le lendemain de l’élection.

«Les intérêts de l’Ukraine devraient être protégés»

«La grande question est de savoir si l’élection de Trump va affecter le régime des sanctions imposées à la Russie», estime Brian Mefford, consultant à l’Atlantic Council, proche des républicains, et basé à Kiev, pour qui il va également falloir regarder le casting de l’administration Trump, sachant que trois faucons qui soutiennent le principe de livraisons militaires à l’Ukraine ont été réélus au Sénat: Ron Johnson, Marco Rubio et surtout John McCain. «Avec la réélection de ces trois hommes, les intérêts de l’Ukraine devraient être protégés», estime Brian Mefford.

«Nous sommes prêts à travailler avec n’importe quel président»

Du côté des cercles Porochenko, on commence cette semaine des pas de danse mesurés envers les Républicains. «Nous sommes déjà en train d’établir des contacts avec la nouvelle administration», a confirmé la semaine dernière Dmytro Shymkiv, chef adjoint de l’administration présidentielle, qui regrettera néanmoins Joe Biden, «ce grand ami de l’Ukraine.»

«Nous sommes prêts à travailler avec n’importe quel président», a-t-il ajouté, avant d’insister sur le fait que «les républicains ont toujours été les plus clairs sur la livraison d’armes létales», en l’occurrence les fameux missiles Javelin anti-char que Kiev réclame pour constituer une force de dissuasion face à toute nouvelle incursion russe. L’objectif de la rue Bankova, siège de la présidence ukrainienne, serait d’organiser au plus vite une rencontre entre Petro Porochenko et Donald Trump.

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