Les sondages alarmistes dans plusieurs pays de l’Union ne les ont pas fait reculer. Malgré l’offensive menée tambour battant – et avec succès – par les Verts et une bonne partie du camp libéral contre la reconduction du président sortant de la Commission européenne, le conservateur José Manuel Barroso, trois des leaders du Parti socialiste européen (PSE) continuent de le soutenir.

Le Britannique Gordon Brown – dont le Parti travailliste est pourtant menacé d’une rude défaite –, l’Espagnol José Luis Zapatero et le Portugais José Socrates devraient donc, lors du sommet européen des 18 et 19 juin prochains, diviser ainsi un peu plus le camp de la gauche modérée, malmenée dans presque tous les pays de l’Union. A la grande fureur d’autres leaders historiques tels que Mario Soares, Felipe Gonzalez et Lionel Jospin qui, dans un texte rendu public le 2 juin, appellent de leurs vœux «une nouvelle majorité au Parlement européen, créant une vraie chance pour un candidat du PSE». «La question Barroso est à l’image de cette élection, juge un eurodéputé socialiste sortant. Le centre gauche manque d’un projet, d’un candidat, et d’alliés solides.»

Sombre bilan

Le bilan de la campagne, de fait, est assez sombre pour le camp social-démocrate. Y compris dans les pays où les socialistes demeurent au pouvoir. Au Portugal, le gouvernement Socrates, embarrassé par des affaires de corruption, redoute de perdre les prochaines législatives d’octobre. En Espagne, où ils ont conservé le pouvoir en mars 2008, les socialistes sont au coude-à-coude avec le Parti populaire. En Belgique, où se tiennent aussi des régionales décisives compte tenu des fractures linguistiques, le PS devra sans doute quitter le gouvernement fédéral s’il est devancé par le MR (libéral). Aux Pays-Bas, les travaillistes craignent de pâtir de la poussée populiste. Seule l’Allemagne offre un peu de baume au cœur du PSE, les sociaux-démocrates du SPD espérant tirer leur épingle du jeu de leur campagne agressive «contre les requins de la finance», et des divisions du parti d’extrême gauche Die Linke.

Rares sont les pays de l’UE où les pronostics électoraux sont positifs. Dans un excellent baromètre de campagne, la Fondation Robert Schuman ( www.robert-schuman.org) en cite deux, où le PS est dans l’opposition: la Suède, où le Parti social-démocrate (SAP) arriverait en tête avec 30,3% des voix, et la Grèce, où les sondages créditent le Pasok d’une avance de 2 à 6 points sur les conservateurs au pouvoir. Pas facile, dans ces conditions, de faire des plans sur la comète pour le Parti socialiste européen (PSE), qui devrait néanmoins conserver le deuxième groupe politique du parlement. Le PSE comptait jusque-là 217 députés. Or ce chiffre est crucial pour espérer pouvoir se dissocier davantage du Parti populaire européen (PPE), le groupe conservateur (288 sièges), incontournable à Strasbourg en raison de son importance.

Pas d’assise ferme

«S’il recule en nombre de sièges, le PSE sera perdant à plusieurs égards, estime un observateur. Il perdra du poids face au PPE, et devra davantage composer avec les Verts et les libéraux.» Un scénario que le Parti socialiste français, pourtant en mauvaise posture, refuse de considérer. En meeting à Lille en fin de semaine, sa première secrétaire, Martine Aubry, a répété que la victoire était possible contre l’UMP de Nicolas Sarkozy.

Une bonne partie des difficultés du PSE, reconnaissent les spécialistes de la carte électorale européenne, viennent du fait que la tradition sociale-démocrate n’a pas retrouvé d’assise ferme dans les nouveaux pays membres. D’autant que la crise économique est passée par là, asséchant les caisses de l’Etat et les programmes sociaux. En Pologne, pourvoyeur de 50 sièges, les deux listes de l’Alliance de la gauche démocratique et de l’Avenir du centre gauche viennent loin derrière la Plate-forme civique du premier ministre, Donald Tusk. Laquelle voit déjà l’un des siens, Jerzy Buzek, à la tête de l’Europarlement. En Hongrie, la coalition menée par les socia­listes bat des records d’impopularité. Ironie du sort: les sociaux-démocrates du CSSD ont en revanche le vent en poupe en République tchèque, présidente de l’UE jusqu’au 30 juin. Un présage toutefois guère rassurant, vu la complexité de la donne politique à Prague.