Royaume-Uni

La grande purge des partis britanniques avant les élections

A une semaine des législatives, un constat s’impose: chez les conservateurs comme chez les travaillistes, les modérés n’ont plus leur place. Les premiers serrent les rangs en faveur du Brexit alors que les seconds font un virage sec sur leur gauche

Que les conservateurs remportent les élections législatives au Royaume-Uni le 12 décembre ou non – la moyenne des sondages leur donne plus de dix points d’avance sur les travaillistes, à 42,7% contre 31,6% – la Chambre des communes sera plus radicale. Dans les deux partis, les députés sortants sont remplacés par une nouvelle génération, beaucoup plus en faveur du Brexit pour les conservateurs et beaucoup plus à gauche pour les travaillistes.

Septante-quatre députés ne se représentent pas, soit 12% de la chambre, ce qui est à peu près la moyenne de chaque élection. Mais chez les 42 conservateurs qui partent, 39 avaient voté pour rester dans l’Union européenne lors du référendum de 2016. «La plupart de ceux qui les remplacent seront enthousiastes à l’égard de l’accord de Boris Johnson sur le Brexit, explique Alan Wagner, du groupe universitaire UK in a Changing Europe. Le centre de gravité du groupe parlementaire conservateur va se déplacer fondamentalement.»

Conservateurs exclus par Johnson

Parmi les sortants se trouvent une bonne partie des 21 députés que Boris Johnson avait exclus des tories en septembre, pour avoir osé se rebeller contre lui à la Chambre des communes. Ces députés formaient autrefois l’élite du parti, la plupart ayant été ministres.

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Certains tentent aujourd’hui de se présenter comme candidats indépendants, par exemple Dominic Grieve (ancien avocat général du gouvernement) ou David Gauke (ancien ministre de la Justice). D’autres ont préféré jeter l’éponge, espérant pouvoir revenir dans le parti à moyen terme. Philip Hammond, l’ancien chancelier de l’Echiquier de Theresa May, a fait ce choix.

Face aux conservateurs, les travaillistes connaissent un phénomène similaire de radicalisation sur la gauche. En prenant la tête du Labour à la surprise générale en 2015, Jeremy Corbyn s’est trouvé à la direction d’un parti rempli de cadres issus des années Blair. Depuis, une violente bataille interne a lieu, progressivement gagnée par le nouveau leader. Le comité exécutif du parti est désormais majoritairement dominé par ses proches. Et les candidats sont soigneusement sélectionnés.

Tom Watson, le vice-leader du Parti travailliste depuis 2015, un ancien proche de Gordon Brown, a préféré abandonner. Après avoir failli perdre son poste à la suite d’une tentative de «coup d’Etat» en septembre, il a choisi de ne pas se représenter, officiellement pour des raisons personnelles.

La base travailliste prend le pouvoir

L’histoire de la circonscription de Streatham, un bastion travailliste du sud de Londres, est également révélatrice. La scène se passe mi-novembre, dans la petite salle des fêtes de Roupell Park, un HLM du sud de Londres. Bell Ribeiro-Addy, la candidate, lance officiellement sa campagne à la députation dans cette circonscription qui a massivement voté contre le Brexit en 2016 (à 80%). Les discours s’enchaînent. Et, surprise, il n’est presque pas question de Brexit, mais de la victoire de l’aile gauche des travaillistes sur l’aile droite.

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Bell Ribeiro-Addy avait réussi quelques semaines plus tôt à arracher la nomination face un autre candidat, jugé plus centriste. La clé de sa victoire? Un tour de passe-passe électoral. «Il a fallu changer le mode de scrutin», explique Emmerson Webster, un militant local. Autrefois, seuls les cadres des sections locales pouvaient choisir le candidat. Grâce à une motion adoptée de justesse localement, le scrutin a été ouvert à tous les membres du parti. Désormais, chaque membre a une voix. La base a pris le pouvoir.

Grand ménage au Labour

Mais parfois, ce mode de scrutin démocratique ne suffit pas. A Bassetlaw, dans le nord de l’Angleterre, les conditions de la sélection de Keir Morrisson comme candidat ont été particulièrement étranges. Conseiller municipal local, âgé de 31 ans, il était le favori des syndicats et des proches de Corbyn. A la surprise générale, il a pourtant perdu le vote des militants locaux face à Sally Gimson, une candidate centriste venant de Londres.

La nomination de celle-ci a pourtant été retirée par le comité national quelques jours plus tard, au nom «d’accusations graves» contre elle, dont le contenu n’a jamais été révélé. Sally Gimson dénonce «le tribunal de pacotille» qui l’a jugé. John Mann, le député sortant de la circonscription, qui prend sa retraite, dénonce la situation et affirme qu’il a saisi la police. «Gimson a été désélectionnée parce qu’elle ne faisait pas partie de la clique au pouvoir, accuse Nick Cohen, un chroniqueur politique. […] C’était une modérée et l’extrême gauche voulait prendre le siège.»

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Cette approche du Parti travailliste a l’avantage de faire émerger des candidats aux profils assez différents des anciens députés du parti. Keir Morrison est un fils de mineur, qui a arrêté l’école à 16 ans et a été peintre en bâtiment avant de se lancer en politique. Bell Ribeiro-Addy, d’origine jamaïcaine, a grandi dans une tour HLM à Streatham, au sud de Londres, avant de devenir avocate. Mais leur nomination participe bien d’un grand ménage au sein des travaillistes.


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