La boucle est bouclée. La visite en France de Moncef Marzouki, le président de la République tunisienne, a permis de définitivement pacifier les relations entre Paris et le pays qui symbolise le lancement du Printemps arabe. Mercredi après-midi, Moncef Marzouki a prononcé un discours devant l’Assemblée nationale, un honneur réservé à peu de chefs d’Etat étrangers. Mardi soir, François Hollande, le président français, recevait son homologue à l’Elysée. Hier soir, ce dernier était invité à Matignon.

«Amour réciproque»

«Vous êtes ici chez vous», a lancé à son invité le président de l’Assemblée nationale, tirant des parallèles entre révolutions française et tunisienne. Claude Bartolone, qui est né à Tunis, a loué «l’amour réciproque» entre les deux nations et les nouvelles relations empreintes de «confiance» qui vont s’établir. Comme François Hollande la veille, l’élu de Seine-Saint-Denis appelle à un «partenariat équilibré et enrichi» entre les deux pays.

Claude Bartolone n’a pas rappelé les errances de la France, fin 2010-début 2011. Alors présidé par Nicolas Sarkozy, le pays a tardé à prendre la mesure de la révolution en cours, soutenant ouvertement par la voix de sa ministre des Affaires étrangères, Michèle Alliot-Marie, l’ancien président Ben Ali, dictateur encore au pouvoir. Devant l’Assemblée nationale, la patronne du Quai d’Orsay avait proposé le savoir-faire des policiers français pour aider le régime en place à réprimer les manifestants. Nicolas Sarkozy avait soutenu sa ministre durant plusieurs semaines, malgré les hauts cris de la gauche, avant de la limoger.

Devant les députés, Moncef Marzouki s’est chargé de rappeler qu’«une fraction de la France officielle avait soutenu la dictature», tout en soulignant que la «part majeure de la France ne nous a jamais fait défaut». Le président a vécu dix ans en exil dans l’Hexagone, où il a également fait ses études.

Islamo-démocratique

A droite, les bancs étaient clairsemés. Le député de Paris Pierre Lellouche a fait savoir qu’il boycottait la réception. L’ancien secrétaire d’Etat au Commerce extérieur estime que «le processus démocratique n’est pas encore stabilisé dans le pays». Moncef Marzouki n’a pas caché les problèmes et a tenté de rassurer, notamment sur le rôle d’Ennahda, le parti islamiste qui a remporté 89 sièges sur 217 à l’Assemblée constituante. Le président a assuré que la Tunisie n’est pas tombée «dans l’escarcelle de l’islamisme», mais dans celle de «la démocratie»: «Comme les partis démocrates-chrétiens en Europe, Ennahda est le prototype des partis islamo-démocratiques», estime-t-il. Pour lui, l’alliance de démocrates laïcs et d’islamistes est «un pari sur l’avenir»: «Nous devons réussir cette expérience pour faire école dans le monde arabe.»

La visite de Moncef Marzouki comprend aussi un volet économique, ainsi que financier. François Hollande a assuré son homologue que Paris allait «aider» la Tunisie à récupérer les avoirs de l’ancien régime détenus dans des banques étrangères, notamment en Suisse.

Les liens sont denses entre l’Hexagone et son ancien protectorat. Quelque 600 000 Tunisiens vivent en France et plus de 20 000 Français sont établis en Tunisie. Plus de 1200 entreprises y sont installées. Les échanges commerciaux ont atteint 7,6 milliards d’euros en 2011; la France est le premier partenaire économique de Tunis.