France

A Grande-Synthe, des migrants dans l’impasse

Le camp de 300 chalets a été réduit à un amas de cendres lundi soir, à la suite de violents affrontements entre Kurdes et Afghans. Le débat français est relancé

Que s’est-il vraiment passé dans le camp pour migrants de la Linière, à Grande-Synthe, entre Calais et Dunkerque? Officiellement, seuls 70 des 300 chalets en bois construits ici en mars 2016 par Médecins sans frontières ont survécu à l’incendie causé dans la nuit de lundi à mardi par de violents affrontements entre résidents kurdes et afghans.

Dossier passé sous silence

Difficile, dès lors, d’imaginer la poursuite de ce centre d’hébergement que la mairie de Grande-Synthe avait accepté, après avoir supporté durant des mois en 2016 la présence de plus de 2000 clandestins dans les bosquets du Basroch, attenants à une zone commerciale et pavillonnaire.
La réinstallation des 1500 migrants, principalement des Kurdes irakiens désireux de se rendre en Angleterre, doit maintenant être entreprise par le gouvernement français. La destruction du camp de Grande-Synthe n’est toutefois pas un accident comme les autres. Elle intervient en pleine campagne présidentielle, alors que le dossier des migrants a depuis quelques semaines été largement passé sous silence par les candidats.

En 2015, année de l’afflux le plus massif de migrants en Europe, près de 85 000 demandes d’asile ont été enregistrées en France par l’Office des réfugiés et apatrides. 64 000 l’ont été en 2016. Un tiers de ces dossiers environ sont rejetés, sans que les renvois dans le pays d’origine soient mis en œuvre.
Une situation régulièrement dénoncée par la candidate du Front national, Marine Le Pen. Une situation contre laquelle s’est insurgé François Fillon lors de sa conférence de presse sur l’Europe le 3 avril. Le candidat de la droite avait alors promis de convoquer d’urgence, s’il était élu, une conférence de tous les pays membres de l’espace Schengen, dont la Suisse. Avec, comme agenda, la normalisation des règles de l’asile et l’instauration d’une conditionnalité entre les aides à la coopération et l’acceptation, par les pays d’origine, du retour de leurs ressortissants expulsés.

L’abcès de Grande-Synthe relance surtout l’inquiétude dans la région de Calais où la «jungle», le bidonville qui a abrité jusqu’à 8000 personnes, a été détruite à la fin d’octobre 2016. La plupart des migrants qui vivaient sur ce site ont été réinstallés sur l’ensemble du territoire, dans des structures d’accueil provisoire.

Un «aimant» dénoncé

Des retours sur Calais ont été constatés, et «l’aimant» que constituait le camp préfabriqué de Grande-Synthe avait souvent été dénoncé par les élus locaux, inquiets de l’absence de contrôles policiers. En janvier dernier, Marine Le Pen avait été refoulée du site où elle s’efforçait d’entrer. «Combien de fois un camp devra-t-il se reconstituer pour que l’on comprenne que c’est un problème sans fin, avec la méthode utilisée, qui consiste à déplacer les migrants», avait-elle répliqué.

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