Donald Trump, Angela Merkel, Vladimir Poutine, Benjamin Netanyahu, Recep Tayyip Erdogan, Justin Trudeau, Mohammed VI, le président de la Confédération Alain Berset, entre autres, ont participé à une grande cérémonie sous l'Arc de Triomphe, en haut de la célèbre avenue des Champs-Elysées, sous lequel gît le soldat inconnu et brûle perpétuellement sa flamme du souvenir, rappelant l'ampleur d'un conflit aux 18 millions de morts.

Alors qu'une pluie fine tombait, le groupe des chefs d'Etat ont d'abord pris place sous un abri au pied de l'Arc de Triomphe, survolés par des avions de la patrouille de France laissant un panache bleu blanc rouge. Donald Trump et Vladimir Poutine, sont eux arrivés peu après, séparés du groupe de dignitaires qui avait remonté une partie des Champs-Elysées dans des cars.

M. Trump, arborant un bleuet de France, symbole français de la mémoire des anciens combattants, a salué son homologue Emmanuel Macron, la chancelière Angela Merkel et le roi du Maroc Mohammed VI. Vladimir Poutine, arrivé en dernier, a aussi tendu la main à ses homologues français, allemande, et à Donald Trump.

M. Macron a ensuite entamé la cérémonie militaire autour de l'Arc de Triomphe avant de rejoindre une nouvelle fois les dignitaires pour la suite de la commémoration. Peu avant, les cloches des églises avaient sonné un peu partout en France.

«Bienvenue aux criminels de guerre»

Le dispositif de sécurité est massif, avec quelque 10'000 membres des forces de l'ordre qui quadrillent les points névralgiques des cérémonies. La dernière fois que Paris a accueilli autant de dignitaires remonte au 11 janvier 2015 après les attentats islamistes contre Charlie Hebdo et le magasin juif Hyper Cacher.

Malgré tout, trois militantes Femen ont forcé le dispositif de sécurité au moment où la voiture du président américain Donald Trump remontait les Champs-Élysées, avant d'être interpellées, selon des sources concordantes.

Deux militantes seins nus sur lesquels étaient inscrits «Hypocrisy parad» et «Gangsta party» ont sauté par-dessus les barrières de sécurité au moment où la voiture de Donald Trump passait devant le public, peu avant 11h. Une troisième militante positionnée un peu plus haut sur l'avenue a fait de même.

Toutes trois ont été interpellées, l'une sur la chaussée, les deux autres après avoir été bloquées par les forces de sécurité après les barrières, a indiqué à l'AFP la Préfecture de police. La veille, trois militantes Femen s'étaient brièvement exposées seins nus sous l'Arc de Triomphe, seins nus et poing en l'air, en criant: «Welcome war criminals» (Bienvenue aux criminels de guerre). Leurs torses étaient peints du slogan: «Fake peacemakers, real dictators» (Faux pacificateurs, vrais dictateurs).

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Durant la cérémonie, le célèbre violoncelliste Yo-Yo Ma a interprété la Sarabande de la Suite n°5 pour violoncelle en do mineur de Jean-Sébastien Bach, et des lycéens ont ensuite lu des témoignages de 1918. La chanteuse béninoise Angélique Kidjo a ensuite chanté en hommage aux troupes coloniales.

Dans l'assistance, Emmanuel et Brigitte Macron étaient entourés d'Angela Merkel à la droite du président, Vladimir Poutine à la gauche de la Première dame.

Le président français a ensuite prononcé un discours, conjugant mémoire de la Grande guerre et affres contemporains. «Additionnons nos espoirs au lieu d'opposer nos peurs !», a-t-il lancé aux 72 leaders mondiaux les exhortant au «combat pour la paix» en refusant «le repli, la violence et la domination», plaidant une fois encore pour une approche multilatérale de la gouvernance mondiale à l'heure où de plus en plus de pays semblent enclin à lui tourner le dos, au premier rang desquels, les Etats-Unis, première puissance du monde.

«Ensemble, nous pouvons conjurer ces menaces que sont le spectre du réchauffement climatique et de la dégradation de notre nature, la pauvreté, la faim, la maladie, les inégalités, l'ignorance», a-t-il espéré.

Il a aussi critiqué le nationalisme, dont s'est revendiqué plusieurs fois ces dernières semaines Donald Trump, qui écoutait le président français aux côtés de près de 70 autres chefs d'Etat ou de gouvernement. «Le patriotisme est l'exact contraire du nationalisme. Le nationalisme en est sa trahison», a dit le président français.

Puis, il a ravivé la flamme du Soldat inconnu, et les dignitaires ont ensuite convergé vers le palais présidentiel pour un déjeuner.

Forum sur la paix

Dans l'après-midi, certains se rendront au Forum de Paris sur la paix, attaquant la deuxième partie de cette journée point d'orgue pour Emmanuel Macron, après une semaine de commémorations en France.

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A la grande halle de la Villette, dans l'est parisien, chefs d'Etat et de gouvernement, mais aussi représentants d'ONG, entrepreneurs, membres de la société civile, débattront de la gouvernance mondiale avec, là encore, le message politique clair en faveur du multilatéralisme, ce socle idéologique des relations internationales depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Ils devront à l'issue du forum promouvoir des projets et des «solutions concrètes aux problèmes transfrontaliers». Car une des idées-force est de démontrer «la capacité des instruments du multilatéralisme à aider les gens», selon un des organisateurs, alors que de plus en plus de dirigeants et d'électeurs de par le monde semblent douter de l'efficacité du modèle à les préserver de certains méfaits de la mondialisation.

Plusieurs de ses plus fervents défenseurs, Emmanuel Macron, Angela Merkel, Justin Trudeau, Antonio Guterres plaideront pro domo devant une assistance globalement acquise. «Le système multilatéral est essentiel pour développer et financer les efforts de lutte contre la menace de changement climatique», a plaidé dans une tribune au Journal du dimanche le président de la Banque mondiale - une des incarnations du multilatéralisme - Jim Yong Kim.

Mais le premier contempteur de ce mode de gouvernance, Donald Trump, a choisi de ne pas assister à ce forum qui durera jusqu'à mardi, mais sans les chefs d'Etat.

A la place, le président américain se rendra au cimetière américain de Suresnes, juste à côté de Paris, pour rendre hommage à ses concitoyens tombés au front.