La Grèce change de ministre des Finances pour rétablir le dialogue

Le 6 juillet dans l’après-midi, Euclide Tsakalotos a été vu sur la moto de Yanis Varoufakis, au guidon. Quelques minutes plus tard, c’est officiel: Euclide Tsakalotos devient ministre des Finances et devra mener les négociations avec les créanciers de la Grèce (UE, BCE, FMI).

Le ministre-motard chic aux formules choc avait tiré sa révérence. Par un gazouillis percutant au petit matin: «No More Minister», lâchait-il sur Twitter. Sur son blog, il explique: «Je considère de mon devoir d’aider Alexis Tsipras à exploiter, comme il l’entend, ce capital que le peuple grec nous a accordé lors du référendum hier.» 61,31% des électeurs ont réitéré leur rejet des politiques d’austérité imposées depuis cinq ans à la Grèce… et que ses créanciers demandaient de poursuivre. Sur son blog, «Varouf’», comme l’appellent ses sympathisants, ajoute: «Et je porterai le dégoût que j’ai inspiré aux créanciers avec fierté.»

Son style déplaisait, mêlant franchise, entêtement, précipitation et «naïveté», comme confie un proche. Les créanciers n’ont pas ménagé ce professeur d’économie spécialisé dans la théorie du jeu. Alors que les négociations entre Athènes et ses créanciers étaient au point mort, Alexis Tsipras a convoqué en urgence un Conseil des ministres. Collégialement, le référendum est décidé. Aussitôt, Yanis Varoufakis est exclu de l’Eurogroupe.

Les Européens seront-ils plus tendres avec son successeur? Pas sûr. Certains font déjà courir une rumeur pour le discréditer. Euclide Tsakalotos aurait été en train de signer un accord à Bruxelles pendant le Conseil des ministres du 25 juin. C’est faux, il était à Athènes, mais l’épisode témoigne du climat de manipulation qui règne dans cette crise.

L’antithèse de Varoufakis

Le remaniement a toutefois un premier effet: il prive les dirigeants européens de l’utilisation du différend personnel pour masquer des divergences politiques et freiner les négociations. Car la discrétion d’Euclide Tsakalotos en fait l’antithèse de l’iconoclaste Yanis Varoufakis. Leur parcours international et leurs convictions les rapprochent. Universitaire de 55 ans, né à Rotterdam, éduqué à l’Université britannique d’Oxford, Euclide Tsakalotos était jusqu’alors vice-ministre des Affaires étrangères. Fin avril, il a été nommé coordinateur de l’équipe grecque des négociations à Bruxelles après l’isolement croissant de Yanis Varoufakis face à ses pairs lors des réunions de la zone euro. Désormais, à lui de retisser la confiance entamée entre les grands argentiers européens et la Grèce. L’objectif est de parvenir à un accord afin de financer son pays. «Si nous devons en permanence chercher à court terme l’argent pour rembourser le FMI ou la BCE, nous n’aurons jamais la possibilité de procéder aux réformes structurelles nécessaires. Nous avons déjà accepté des mesures que nous ne pensions pas forcément bonnes. Mais que faire de la dette?», déclarait-il en juin dernier dans un entretien à Libération. Même le Fonds monétaire international (FMI) a reconnu pour la première fois le 3 juillet qu’elle n’était pas soutenable, dans un rapport dont les Européens ont vainement tenté d’empêcher la publication, selon l’agence Reuters.

Celui qu’une partie de la presse grecque qualifie d’«aristo de gauche» peut compter sur le soutien de la population pour mettre la question de la restructuration de la dette à la table des discussions. Et aussi de la classe politique grecque. Tous les partis, sauf les néonazis d’Aube Dorée, ont décidé d’élaborer un texte commun de soutien aux négociations en vue d’un accord dans le cadre européen, réglant «la question de la viabilité de la dette». Les Européens accepteront-ils? L’enchaînement tragique de ces derniers jours ne joue pas en la faveur d’une Grèce exsangue, en état d’asphyxie financière. Ses banques, elles, ne rouvriront pas avant mercredi, au plus tôt.

Sur la moto conduite par Yanis Varoufakis, Euclide Tsakalotos ne porte pas de casque. Il doit maintenant négocier à Bruxelles sans filet de sécurité.