Ni les marches quotidiennes, ni les grèves générales qui paralysent le pays depuis une semaine, n’auront infléchi la décision des députés grecs. Dans la nuit de mardi à mercredi, alors que près de 5000 manifestants chantaient des slogans anti-austérité devant le parlement à Athènes, le législatif a approuvé la réforme de la fonction publique demandée par les bailleurs de fonds internationaux du pays. Les nouvelles mesures, qui ouvrent la voie à une vague de licenciements de fonctionnaires, doivent débloquer 4 des 6,8 milliards d’euros de prêts promis par la troïka (Union européenne, Banque centrale européenne et Fonds monétaire international).

Police municipale supprimée

Le projet, adopté par 153 voix sur 300, inclut un plan dit de «mise en disponibilité» qui concernera 25 000 fonctionnaires sur les 700 000 que compte la Grèce d’ici à la fin de 2013, principalement des professeurs et des policiers. Les employés concernés devront travailler pendant huit mois avec un salaire réduit, avant d’accepter une éventuelle mutation forcée à un nouveau poste, ou d’être licenciés. Certains services disparaîtront totalement, comme la police municipale (3500 agents, dont certains seront mutés dans la police nationale) et les gardiens d’école. Autre mesure controversée: la suppression d’une cinquantaine de filières de l’enseignement technique, comme les départements de formation des assistants dentaires, des aides-soignants et des assistants pharmaciens.

Le premier ministre conservateur Antonis Samaras, qui promettait hier des «jours meilleurs» aux Grecs, peut souffler: ce vote représentait un test pour la coalition bipartite au pouvoir, qui ne dispose que d’une faible majorité au parlement (153 sièges sur 300), depuis le retrait en juin de la Gauche démocratique (Dimar), en signe de désaccord avec la fermeture de la télévision publique.

Le plan de restructuration de la fonction publique s’ajoute à une série de coupes salariales et hausses d’impôts, mises en œuvre depuis trois ans, dans un pays où le chômage atteint 27% et plus de 60% parmi les moins de 25 ans. La troïka conditionne en effet chaque versement d’une tranche des prêts approuvés (près de 240 milliards d’euros depuis 2010) à la mise en œuvre de nouvelles coupes drastiques. Pour le leader de l’opposition de gauche radicale Alexis Tsipras, ces énièmes mesures, qu’il qualifie de «sacrifice humain», ne sont qu’une concession adressée au ministre des Finances allemand Wolfgang Schäuble, promoteur de l’austérité, en visite à Athènes hier.