François Hollande a même fini par l’admettre: «Je ne peux pas vous dire qu’il n’y a pas de travaux», a-t-il répondu à propos d’une possible sortie de la Grèce de la zone euro. Affaire entendue. Tout le monde, de Bruxelles à Berlin, simule les effets d’un krach hellénique. Des travaux destinés aussi à montrer aux Grecs, avant les nouvelles élections du 17 juin, que l’avenir de leur épargne est dans les urnes.

Le problème est que cette surenchère se résume pour l’heure à une avalanche de chiffres. Chacun comptabilise ses pertes. Chaque banque nettoie ses livres pour y débusquer les mécomptes grecs. Et après? Quoi pour contrebalancer ce grand nettoyage imminent? Rien. Plutôt que de convier le leader de la gauche radicale, Alexis Tsipras, à les rencontrer depuis son succès du 6 mai, les dirigeants européens, sociaux-démocrates compris, préfèrent un cordon sanitaire, au nom des documents signés.

Pas de déplacements prévus à Athènes non plus, pour y défendre les efforts de solidarité déployés depuis deux ans par l’Union européenne. Comme si l’on pouvait sauver la Grèce sans s’adresser aux Grecs.

Cette vision statistique, froide, impérieuse est logique de la part de bailleurs de fonds ulcérés des dérives d’un Etat déliquescent. Elle ne l’est pas, en revanche, de la part d’une Communauté qui prétend incarner un projet «d’unité dans la diversité». Il reste trois semaines aux dirigeants européens pour trouver, autrement que par l’addition de menaces et de scénarios catastrophes, le moyen de démontrer aux Grecs que leurs frustrations, leurs rancœurs et leurs griefs envers les élites politiques traditionnelles ne resteront pas lettre morte. Surtout s’ils permettent le 17 juin aux deux grands partis (conservateurs et socialistes) de reformer ric-rac une coalition majoritaire. Comme l’espère Bruxelles.