Migrations

En Grèce, l'accord européen sur les migrants paraît impossible à mettre en pratique dès ce dimanche

Orchestrer le renvoi en Turquie des nouveaux arrivants sur ses îles, tout en respectant le droit d'asile: c'est un travail d'Hercule qui attend la Grèce dès ce dimanche, pour appliquer à la date prévue l'accord conclu entre la Turquie et l'Union européenne

L’accord UE-Turquie sur le renvoi en Turquie des nouveaux migrants arrivant sur les îles grecques en Turquie ne pourra pas être appliqué dès dimanche, a convenu samedi soir une source gouvernementale grecque.


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«L’accord sur le renvoi des nouveaux arrivants sur les îles devait selon le texte entrer en vigueur le 20 mars (dimanche, ndlr) mais un tel plan ne peut pas être mis en place en seulement 24 heures», a déclaré à l’AFP Giorgos Kyritsis, le coordinateur de la politique migratoire au sein du gouvernement d’Alexis Tsipras. 

«Une réunion gouvernementale sur le sujet a été tenue samedi après-midi et a permis de mettre en place un plan», a-t-il précisé, et «le premier ministre a demandé une application immédiate de l’accord».

«Mais dans les faits, il faut que les structures, le personnel soient prêts et cela prend un peu plus de 24h», a ajouté M. Kyritsis.

 Le gouvernement grec a cependant déjà affrété des ferries à Lesbos et Chios pour essayer, avant l'entrée en vigueur de l'accord, de réinstaller dans des centres d'accueil en Grèce continentale les migrants et réfugiés présents sur les îles.

Près de 2.500 réfugiés devaient ainsi partir de Lesbos vers Kavala (nord) samedi soir.

Aide votée et budgetée

La Grèce a obtenu de ses partenaires européens l'engagement d'un renfort immédiat de quelque 2.300 personnes, dont 400 experts de l'asile et 400 traducteurs, a indiqué le premier ministre grec, Alexis Tsipras. 

Un important soutien financier est aussi prévu pour le pays surendetté. Paris et Berlin sont prêts à envoyer jusqu'à 600 policiers et experts de l'asile, ont assuré les ministres de l'Intérieur des deux pays dans une lettre commune.

Mais en attendant la confusion régnait samedi à Lesbos, principale porte d’entrée des migrants en Europe. 

«Nous ne savons pas encore en pratique comment va s’appliquer l’accord... Nous attendons surtout le personnel promis par l’Europe pour pouvoir étudier rapidement les demandes d’asile, des traducteurs, des avocats, des policiers, car seuls nous ne pourrons pas y faire face... », expliquait samedi à l’AFP une source policière à Lesbos.

Les réfugiés ont besoin de protection, pas de rejet

Même écho du côté des ONG et des bénévoles. «Nous sommes dans une attitude de +wait and see+», a assuré à l’AFP Boris Cheshirkov du Haut Commissariat aux Réfugiés (HCR). Le HCR a jugé «cruciale» la manière dont l'accord sera mis en œuvre, rappelant que «les réfugiés ont besoin de protection, pas de rejet».

Athènes, comme l'UE, espère avant tout que le signal envoyé par l'accord décourage les candidats au passage par la mer Egée et que la Turquie fasse effectivement barrage. 

Les autorités grecques recensaient samedi 47.500 migrants, dont 10.500 massés à Idomeni, à la frontière avec la Macédoine.

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