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En Grèce, les partis au pouvoir sont le dos au mur

Gauche radicale et extrême droite ont progressé lors du premier tour dimanche

En Grèce, les partis au pouvoir sont le dos au mur

Europe Gauche radicale et extrême droite ont progressé au premier tour des municipales

Antonis Samaras jouera un peu le quitte ou double le 25 mai, date des élections européennes et du second tour des élections municipales entamées dimanche. Le premier ministre grec, qui dirige depuis juin 2012 un gouvernement de coalition entre son parti conservateur Nouvelle Démocratie (ND) et les socialistes du Pasok, sortirait très affaibli d’une défaite électorale, deux ans après son arrivée aux commandes du pays soutenu à bout de bras par l’Union européenne (UE). Or, au vu du premier tour des municipales, l’affaire s’annonce compliquée. Aux deux extrémités du paysage politique grec, la coalition de la gauche radicale Syriza et le parti néonazi Aube dorée, ont en effet tous deux fortement progressé.

Vote anti-establishment

A Athènes, le candidat de Syriza n’est devancé que d’un point par le maire sortant de centre gauche Georges Kaminis, tandis qu’Ilias Kasidiaris, le candidat d’Aube dorée éliminé du second tour, recueille 16%. En Attique, la région qui entoure la capitale, la candidate de la gauche radicale est en tête. «Le vote anti-establishment a prévalu, note un diplomate. Le gouvernement va devoir cette semaine mobiliser toutes ses troupes pour éviter l’hémorragie.»

Même si Athènes, comme Thessalonique, devrait dimanche prochain échapper à Syriza, la formation paraît bien placée pour remporter le scrutin européen qu’un troisième parti, Potami («la rivière»), espère perturber. Constitué par le journaliste de télévision Stavros Theodorakis – qui lui-même ne se présente pas – Potami espère attirer une partie de l’élite lassée par les politiciens traditionnels. Le Pasok, dont les candidats se présentent sous l’étiquette du parti de l’Olivier – inspiré de l’Italie –, pourrait connaître une déroute.

A gauche, la rhétorique anti-élite et anti-Bruxelles de Syriza ne semble pas avoir été entamée par les bons chiffres brandis ces dernières semaines par la coalition d’Antonis Samaras, et par le soutien affiché des grands pays de l’UE à la Grèce, qui achève en juin sa présidence semestrielle de l’Union. Mieux: le fait que son leader Alexis Tsipras ait été désigné comme le candidat de la gauche radicale à la présidence de la Commission européenne l’a crédibilisé. Et qu’importe si ses promesses de remettre en cause les mesures d’austérité ne sont guère tenables: «Tsipras est à la fois le candidat de la colère sociale et celui de la Grèce qui ne veut pas changer, s’inquiète l’économiste Kostas Kostis. Or cela fait beaucoup de monde.»

La progression d’Aube dorée démontre aussi l’échec de la stratégie d’encerclement judiciaire du gouvernement Samaras. L’emprisonnement de plusieurs de ses députés, accusés de participer à une «organisation criminelle», n’a pas découragé ses partisans attirés par les promesses d’ordre, les commandos anti-immigrants et le discours anti-élites corrompues.

Le pouvoir grec, qui a distribué plus d’un milliard d’euros d’allocations avant le scrutin, est en plus confronté aux conséquences des réformes qu’il mène: même si celles-ci sont loin d’être aussi profondes que le voudrait Bruxelles, elles mécontentent en effet ses bastions d’électeurs, pour qui un politicien reste avant tout un pourvoyeur d’emplois ou de commandes.

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