La Commission européenne s’est dite confiante vendredi dans l’approbation par les ministres des Finances de la zone euro du plan d’aide de 85 milliards d’euros à la Grèce, après le vote du parlement grec intervenu quelques heures plus tôt.

«Nous considérons comme encourageant le vote sans appel ce matin par le parlement grec et sommes confiants dans le fait qu’(obtenir) un résultat positif est tout à fait faisable aujourd’hui» lors de la réunion de l’Eurogroupe prévue dans l’après-midi, a déclaré une porte-parole lors d’un point de presse.

Les 19 ministres des Finances de la zone euro se réunissent vendredi à 15h00 à Bruxelles pour décider s’ils entérinent ce troisième plan d’aide à Athènes, qui a reçu l’aval du parlement grec après une nuit de longs débats, au prix de profondes divisions au sein de la coalition qu’est Syriza.

Alexis Tsipras face aux siens

Sur les 149 députés de la coalition, 32 ont voté contre et 11 se sont abstenus, mettant en danger le gouvernement d’Alexis Tsipras, qui devrait solliciter le 20 août un vote de confiance, et convoquer des élections anticipées en cas d’échec. Le premier ministre a dû compter sur l’appui des trois grands partis d’opposition (Nouvelle Démocratie, Pasok et Potami), qui disposent de 106 sièges à la Vouli.

Le vote est intervenu après une journée entière de débats en commissions et une nuit de discussions en séance plénière. La présidente du parlement, Zoé Konstantopoulou, ne fut pas étrangère à l’extrême longueur des débats. Cette membre de l’aile gauche de Syriza, farouchement opposée au plan, a pris tout le temps préconisé par les textes pour examiner le projet de loi de 400 pages.

Le texte approuvé couvre la réforme de la fiscalité et des retraites, celle de la fonction publique et la relance du programme de privatisations avec la création d’un fonds supervisé par les institutions européennes. Il ouvre la voie à un indispensable renflouement de 85 milliards d’euros sur trois ans pour que la Grèce puisse, dans un premier temps, rembourser 3,2 milliards d’euros à la Banque centrale européenne (BCE) le 20 août.

«Eviter un prêt-relais», retour à «une crise sans fin»

Juste avant le vote, le premier ministre Alexis Tsipras avait de nouveau appelé les députés de son camp à approuver le plan, les mettant en garde contre la réaction de l’Eurogroupe en cas de rejet.

Il a insisté sur le fait que le combat n’était pas terminé, ajoutant que son ministre des Finances, Euclide Tsakalotos, allait devoir batailler ferme pour éviter que l’Eurogroupe renonce à approuver le plan d’aide international et lui préfère un simple prêt-relais, solution temporaire prônée notamment par l’Allemagne pour relancer les discussions sur les réformes grecques.

«Je vous appelle tous à ne pas donner aux cercles les plus conservateurs en Europe l’occasion inespérée de torpiller l’accord, ce qui aboutirait à la multiplication des prêts-relais.»

Pour compliquer encore les choses, le FMI, qui brandit cette menace depuis des mois, a clairement indiqué jeudi soir que, tout en étant favorable au plan d’aide à la rédaction duquel il a participé, il verrait dans les prochaines semaines seulement s’il s’y associerait financièrement. Cela dépendra, a-t-il dit, des «décisions» que les Européens prendront sur l’allégement de la dette grecque.

Mais tout porte à croire qu’après les négociations apaisées de ces derniers jours l’Eurogroupe donnera son feu vert. Cela permettra à certains parlements nationaux – comme en Allemagne, aux Pays-Bas ou en Finlande – de se prononcer à leur tour, la semaine prochaine. L’Allemagne, par exemple, n’a pas fait mystère de ses réserves et demande plus de garanties sur certains engagements du gouvernement d’Alexis Tsipras, élu en janvier sur la promesse de mettre fin à l’austérité imposée au pays.

Vers de nouvelles élections?

La perspective d’une scission de Syriza n’est plus taboue en Grèce et des législatives anticipées pourraient avoir lieu à l’automne pour «rechercher auprès du peuple un nouveau mandat», a admis une porte-parole du gouvernement. Les membres les plus radicaux de la coalition d’extrême gauche exigent du gouvernement qu’il respecte les promesses électorales de janvier et qu’il revienne sur la vague de hausses des impôts et de réductions des dépenses imposées depuis 2010, qui a eu un effet dévastateur sur une économie déjà en grande difficulté.

Lors des deux précédents votes relatifs au plan d’aide international, Alexis Tsipras a perdu entre 30 et 40 des 149 députés Syriza.