La Grèce planche en urgence sur ses réformes

Europe Le gouvernement Tsipras n’a obtenu qu’un sursis

Premières critiques dans les rangs de Syriza

«Nous avons remporté une bataille, mais pas la guerre.» A peine le premier ministre grec Alexis Tsipras avait-il eu le temps de se féliciter de l’accord conclu vendredi soir avec les créanciers de son pays réunis au sein de l’Eurogroupe que son gouvernement anti-austérité devait se remettre de plus belle au travail.

Athènes doit en effet présenter une liste de réformes ce lundi à l’Eurogroupe. D’une part, elles doivent permettre de donner des gages à Bruxelles. «Elles concerneront les rentrées budgétaires: lutte contre l’évasion fiscale, contre la corruption, réforme de l’Etat…», confie un proche du dossier, pour qui «Syriza est le seul parti prêt à engager réellement et sérieusement ces réformes. Les socialistes du Pasok et la Nouvelle Démocratie (droite), au pouvoir depuis 1974, ne sont pas en mesure de mener à bien ces réformes quand bien même ils le voudraient: eux-mêmes sont trop compromis.»

D’autre part, les mesures doivent envoyer à la population le signal que le gouvernement ne tourne pas le dos à ses promesses de campagne. «Nombre de Grecs ne sont pas en mesure de payer leurs impôts actuellement. Ce sont les plus défavorisés dont le nombre n’a cessé d’augmenter depuis 2010. Nous allons prendre des mesures en leur faveur: baisse de la TVA, étalement des dettes, rétablissement de l’électricité et du chauffage aux plus démunis…» promet un responsable dans un ministère.

Il est aussi question d’augmenter graduellement le salaire minimum pour le ramener à 751 euros, son niveau de 2010. La Chambre de commerce et d’autres représentants des entreprises se sont prononcés pour une relance de l’économie par ce biais.

A Athènes, ce week-end, c’est le soulagement qui dominait. «L’accord de vendredi n’est pas parfait, mais au moins il y en a un! Nous avons négocié avec les Européens et restons dans la zone euro», souffle Margarita. Pour cette fonctionnaire, en signant le texte présenté à l’Eurogroupe le 20 février, le gouvernement anti-austérité a remporté une petite victoire. «Il a démontré que la voix de Syriza compte. Et maintenant, il a un peu de temps pour respirer et essayer d’appliquer son programme.»

Un peu de temps, c’est effectivement ce qu’a obtenu le gouvernement grec à travers l’extension de quatre mois du programme d’assistance financière dont il bénéficie depuis 2012, qui arrivait à échéance le 28 février. Le pays risquait alors de manquer de liquidités. En outre, selon des chiffres informels de la Banque de Grèce, la fuite des capitaux s’élèverait à environ 40 milliards d’euros ces derniers jours.

Que contient l’accord? Désormais, la Grèce n’est plus obligée d’atteindre un excédent budgétaire primaire de 3% cette année. L’équilibre seul est exigé. «C’est la plus grande victoire dans ce texte, le point central pour une évolution des politiques économiques», explique une source gouvernementale. Professeur émérite d’économie à Paris VIII et proche d’Alexis Tsipras, Kostas Vergopoulos explique: «Jusqu’à maintenant, l’économie grecque était soumise à une saignée financière forte et permanente. Elle est maintenant allégée, car l’excédent budgétaire peut être diminué, ce qui permettra au gouvernement d’appliquer des mesures de relance de l’économie.»

La troïka, composée des représentants de la Commission européenne, de la Banque centrale européenne et du Fonds monétaire international, n’existe plus en tant que telle. «C’est symboliquement très important, analyse un membre d’un cabinet ministériel. Depuis cinq ans, la troïka débarquait tous les trois mois pour contrôler ce qui avait été réalisé et dictait ses ordres. Elle rythmait la vie politique du pays, incarnait le contrôle et l’humiliation.»

Le rôle de chacun a fondamentalement changé. Le gouvernement grec écrira, seul, l’ordre du jour des réformes. Les «institutions» donneront leur avis, mais ne pourront plus faire d’un point particulier de ces réformes une obligation impérieuse pour Athènes. Enfin, le nouveau «contrat» qui court sur quatre mois est une transition vers un nouveau contrat à définir.

«Si les Européens ne laissent pas le gouvernement élu agir, qu’allons-nous faire? Voter pour les néonazis d’Aube dorée?» s’inquiète Margarita. Plus virulent, le député européen Manolis Glezos, 92 ans, figure historique de la gauche grecque et de la résistance, a déploré qu’en un mois «les annonces ne soient pas devenues pratiques», allant jusqu’à «s’excuser auprès du peuple grec d’avoir participé à cette illusion». «Rebaptiser la «troïka» en «institutions», le «mémorandum» en «accord», les «créanciers» en «partenaires» […] ne change rien à la situation», écrit Manolis Glezos en référence aux évolutions sémantiques qui accompagnent le compromis trouvé entre la Grèce et la zone euro vendredi. Il appelle les militants du parti à se réunir en urgence «pour décider s’ils acceptent cette situation», «avant qu’il ne soit trop tard».

«Si les Européens ne laissent pas nos élus agir, qu’allons-nous faire? Voter pour les néonazis?»