«Cette journée est historique. La Grèce assure la défense d’une part importante de son histoire, l’héritage de l’ancienne Macédoine grecque.» Le premier ministre grec, Alexis Tsipras, avait de quoi triompher vendredi. La Vouli, le parlement, a accepté par 153 voix sur 300 «l’accord de Prespes» signé entre Athènes et Skopje le 17 juin sous l’égide de l’ONU, un texte qui met fin à trente ans de contentieux sur le nom de la Macédoine.

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Un vote «historique»

Cela n’a pas été sans mal. Depuis sa ratification par Skopje le 11 janvier, l’accord avait engendré quinze jours de séisme politique en Grèce. Alexis Tsipras a d’abord perdu son allié, le parti souverainiste des Grecs indépendants qui jouait, malgré sa petite taille, un rôle crucial à ses côtés puisqu’il lui assurait la majorité absolue. Dans la foulée, il s’est imposé un vote de confiance le 16 janvier, une consultation qu’il a gagnée grâce aux suffrages de députés du centre. Enfin, vendredi, lors du vote fatidique, il l’a de nouveau emporté: les députés de Syriza, le parti de gauche dont Alexis Tsipras est la figure de proue, quelques dissidents des Grecs Indépendants et de petits partis centristes, Kinal (socialistes) et Potami, ont soutenu l’accord. «Historique» pour la Grèce, le jour est important pour Alexis Tsipras, qui a non seulement survécu mais aussi tracé de nouvelles alliances politiques.

«Historique», le vote l’est aussi pour la région. «Nous avons écrit aujourd’hui un nouveau chapitre de l’histoire des Balkans», a déclaré Alexis Tsipras. La querelle sur le nom de la Macédoine avait été ressuscitée par l’effondrement de l’ex-Yougoslavie, en 1991. Athènes et Skopje s’étaient depuis disputé l’appellation Macédoine, ainsi que l’utilisation de références et de symboles comme Alexandre le Grand ou l’étoile de Vergina… Les Grecs, qui considèrent ce nom et ces symboles comme appartenant à leur héritage culturel, s’étaient opposés à ce que leurs voisins se les attribuent. Skopje a été alors officiellement dénommé ARYM, acronyme d’Ancienne République Yougoslave de Macédoine, sans jamais l’accepter. La question est désormais soldée officiellement: le petit pays balkanique va être rebaptisé «République de Macédoine du Nord».

Des conséquences importantes

Les premiers effets de l’accord seront visibles immédiatement. Les statues géantes d’Alexandre le Grand et de son père Philippe II érigées par la droite nationaliste au centre de Skopje, vont être assorties d’une plaque précisant qu’elles illustrent l’histoire grecque et témoignent d’une amitié partagée. D’autres questions resteront par contre en suspens, comme celles de produits appelés «macédoniens» des deux côtés de la frontière, halva et vins en tête. Les deux gouvernements se sont entendus pour «encourager» leurs patrons et leurs organisations de producteurs à s’accorder sur les «noms commerciaux et marques». Pour ce faire, ils seront épaulés par un groupe d’experts assistés de représentants de l’ONU.

Dans la région, les conséquences sont importantes. Dans le domaine militaire, Skopje va pouvoir rejoindre l’OTAN: jusqu’alors, Athènes, membre de l’alliance, faisait usage de son veto pour empêcher son voisin de la rejoindre. Sur le plan politique, la Macédoine du Nord aura les coudées franches pour se porter candidate à l’entrée dans l’Union européenne. Petit pays de 2 millions d’habitants, l’un des plus pauvres de la région, elle espère ainsi s’arrimer davantage à l'«Europe occidentale» et garder ses distances avec la Russie.

L’accord ne suffira pas pour autant à apaiser les tensions dans la région. La Grèce conserve de nombreuses dissensions avec un autre de ses voisins, le géant turc. Les violations récurrentes des espaces aérien et maritime, les tensions autour des Turcs, militaires et officiers notamment, qui ont fui après la tentative de coup d’Etat de 2015, ainsi que la gestion du flux de réfugiés débarquant d’Anatolie sont autant de points d’achoppement entre Athènes et Ankara. Et c’est sans parler de Chypre, divisée depuis 1974, qui cristallise les divergences de vues entre les deux pays.

La République de Chypre a signé ces dernières années des contrats d’exploration avec des géants des hydrocarbures comme l’italien ENI, le français Total ou l’américain ExxonMobil. Mais les dirigeants de la République turque de Chypre du Nord ont averti qu’ils s’opposeraient à toute exploration offshore de gaz s’ils continuaient à être exclus du processus. Alexis Tsipras doit se rendre en Turquie du 5 au 7 février. Histoire de trouver des solutions à ces conflits? Il arrive en tout cas en homme ayant redoré son blason sur la scène internationale.