Ce n’est pas nouveau, mais la situation s’aggrave. La Grèce, maintenant menacée de paralysie politique, s’enfonce dans une mégacrise qui plombe les marchés. Ces derniers craignent en effet que le pays ne revienne sur ses engagements de rigueur sous l’influence d’un parti de gauche radicale et d’une extrême droite sortis galvanisés des législatives de dimanche dernier. Car à gauche, en toute bonne logique on refuse évidemment «de se faire autoritairement administrer les plans d’austérité», selon la formule de Courrier international. Celui-ci a compilé quelques sites de la presse hellénique, dont le très populaire To Ethnos, confirmant que le parti d’Alexis Tsipras – qui a été chargé mardi de former une coalition et qui en profite pour menacer rien de moins que de nationaliser les banques – ne sait à vrai dire pas quoi faire de sa victoire.

Or, «si la Grèce décide de rejeter l’austérité […], le pays risque le chaos et l’exclusion de la zone euro», redoute le Financial Times, qu’a lu et traduit le site Eurotopics: «Le problème grec est si aigu qu’on ne pourra pas simplement le résoudre avec quelques clauses habilement rédigées et ajoutées à un traité européen, prévient-il. La situation exige des décisions efficaces, précises et risquées. […] La Grèce va-t-elle prendre les devants et poursuivre les coupes budgétaires pour épargner plusieurs milliards d’euros supplémentaires au cours des prochains mois, comme le prévoit le dernier accord de sauvetage? Dans le cas contraire, le FMI a fait clairement savoir qu’il ne validerait pas la prochaine tranche d’aide [en juin] pour le pays. Cela signifierait à son tour une pénurie d’argent pour le gouvernement grec», voire «un départ forcé […] de la zone euro.»

De graves conséquences, que craint aussi Die Presse, en Autriche: «Pas besoin de l’oracle de Delphes pour savoir où cela se terminera. Si les mesures d’assainissement convenues sont désormais bloquées […] au Parlement, la prochaine tranche d’aide […] sera menacée. Dans l’hypothèse de nouvelles élections, les réformes nécessaires à l’aménagement de la politique de recettes et de dépenses seront à nouveau retardées de plusieurs mois. La paralysie perdurera et les pays donateurs européens seront à court d’arguments sur le plan national pour verser de nouveaux crédits à Athènes.»

Público compare, lui, ces élections à la présidentielle française, en relativisant beaucoup l’arrivée d’un nouveau locataire à l’Elysée. Même si l’on sait que François Hollande prêche la relance plutôt que l’austérité à tout va et que son opinion devrait influencer la manœuvre d’un couple franco-allemand maintenant renouvelé et dont la deuxième composante devra peut-être bientôt composer avec un nouvel allié… social-démocrate. Donc «les élections en Grèce sont plus importantes pour l’Europe […], car elles devraient montrer si la démocratie fonctionne aussi en période de crise». Alors, pense pour l’heure le journal portugais, «la victoire de Hollande va certes assouplir le diktat d’austérité de Bruxelles, sans toutefois le changer vraiment». Dans une situation désespérée, la Grèce a détruit son unité. Elle est devenue le «crash-test pour l’avenir de la démocratie» dans d’autres pays menacés par leur dette.

Mais cette situation désespérée, quelle est-elle exactement? C’est le risque de la ruine générale, explique Le Monde. S’il n’y a pas de progrès rapides constatés par les sauveteurs, «le FMI, la BCE et la Commission européenne pourraient […] interrompre leur plan de soutien. Si cela se produit, Athènes, incapable de payer ses fonctionnaires et les autres dépenses courantes, serait en faillite. S’ensuivrait une grogne sociale qui se conclurait inévitablement par la sortie – ou l’expulsion – du pays de la zone euro.»

Alors «qui remettra de l’ordre» dans tout cela? se demande le site Presseurop, qui livre en traduction un article très intéressant paru dans le quotidien grec Kathimerini (aussi en anglais): «Certains aimeraient croire que le résultat des urnes va effrayer l’Allemagne et la France et les pousser ainsi à assouplir leurs exigences […]. Ils espèrent que nos bailleurs de fonds étrangers vont comprendre que la transformation de la Grèce en une république de type Weimar n’est qu’un avant-goût du sort que connaîtront bientôt l’Italie, l’Espagne, ou peut-être même la France. Si seulement les choses étaient aussi simples»… Et de prévenir: «Nous devons nous attendre à des jours et des mois difficiles. Il en va toujours ainsi quand un système pourri s’effondre sans pouvoir être remplacé.»

L’Europe doit donc «réagir au séisme grec», en conclut la Tribune de Genève, puisque les Hellènes «ne sont certes pas exempts de toute responsabilité dans l’accumulation d’une dette abyssale. Mais ceux qui la paient au prix fort – celui de la misère sociale et économique – sont rarement les profiteurs et les fraudeurs du système.» Ils espèrent donc logiquement «une perspective européenne qui ne soit pas celle des seuls financiers. Bref, un remède qui ne tue pas le malade.» Conclusion: «L’Europe tout entière devrait prendre garde à ne pas laisser la Grèce partir à la dérive. Car tout le continent pourrait bien suivre derrière ce petit pays que ses partenaires auraient négligé, par mépris, dogmatisme ou égoïsme.»