Gauche

Les Grecs poussent Syriza vers la sortie

Après quatre années au pouvoir, le parti de gauche aborde en mauvaise position les élections anticipées de dimanche. Les Grecs lui reprochent des promesses non tenues et des erreurs de gestion, notamment à Mati, un village ravagé par les incendies

«Bien sûr que les habitants sont furieux! C’est ce qu’ont montré les élections du 26 mai, non?» fait mine d’interroger Apostolis. Son café a résisté aux incendies de l’an dernier, les plus meurtriers qu’ait connus la Grèce. Mais tout autour, la petite station balnéaire de Mati est détruite. Elle ressemble à un village fantôme. «Après les incendies, les autorités ont donné l’impression de vouloir tout remettre en ordre vite. Un an après, nous en sommes toujours au même point», se désole Apostolis. A la table à côté, un soixantenaire s’emporte: «Ça fait douze mois qu’on témoigne devant les médias. On n’en peut plus!» Son voisin renchérit: «Moi, je n’ai rien dit pendant douze mois. Je le ferai dimanche, avec mon bulletin de vote!» Aux élections législatives anticipées de dimanche prochain, ils n’ont qu’une idée: sanctionner Syriza, le parti de la gauche grecque qui avait remporté les élections en 2015.

A l’époque, Alexis Tsipras promettait d’en finir avec l’austérité, de bouter les créanciers hors de Grèce, de renouveler le contrat social dans le pays. Quatre ans après, les Grecs veulent en finir avec le slogan «première fois à gauche» qui avait rythmé la campagne de 2015. Le moment était historique. Il n’a pas résisté à l’épreuve du pouvoir. Un an après, Mati est un concentré de ce que les Grecs reprochent à Alexis Tsipras.

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«Partout, il y avait des flammes, je ne savais pas quoi faire: prendre ma voiture? Aller à la mer?» se souvient Marina en montrant un toit plat: le rez-de-chaussée de sa maison, le reste ayant été emporté par les flammes. «Moi, ça va, je suis en vie… mais 103 personnes sont mortes, des enfants.» Sa voix s’étrangle. Elle ne veut pas restaurer son habitation. Elle n’a plus le goût de venir passer ses étés ici.

Dictature des colonels

«Syriza n’a rien fait, rien amélioré!» tempête, un peu plus loin, Dimitra, une octogénaire qui vient depuis cinquante ans dans ce petit village familial. D’ailleurs, pour elle, les problèmes trouvent d’abord leur source dans la dictature des colonels, à Mati comme en Grèce. Entre 1967 et 1974, la junte a autorisé la construction d’immeubles et d’hôtels sur le front de mer, barrant l’accès aux plages. Après sa chute, deux grands partis, le Pasok et ND, se sont partagé le pouvoir sans rien faire pour aménager l’espace. «La plupart des maisons ont été construites sans permis, sans plan d’urbanisme. Les propriétaires versaient un bakchich pour pouvoir la légaliser ensuite…», explique-t-elle. Pourtant, c’est à Alexis Tsipras et à son équipe qu’elle en veut: «Je suis furieuse contre ce gouvernement. Il a beaucoup promis, et beaucoup déçu… Dans tous les secteurs, c’est la même chose: des paroles… mais pas d’actes.»

En 2015, Syriza promettait de réaliser un plan d’urbanisme qui fait défaut à Mati comme dans de nombreuses villes du pays. Il ne l’a publié que le 20 juin, près d’un an après les incendies, et encore, il se contente essentiellement d’interdire des constructions qui bloquent l’accès à la mer mais n’implique que très peu de destructions. Comme si, face aux échéances électorales, le gouvernement avait fait marche arrière lui aussi.

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Tsipras sur un yacht

Peu importent les responsabilités passées, pendant la campagne, les incendies de Mati sont revenus en boucle dans les débats. D’une seule voix, l’opposition a dénoncé l’absence d’organisation du gouvernement, le retard avec lequel il a réagi, le manque de moyens… Surtout, une image a choqué. «Qu’a fait Tsipras après les incendies?» interroge Sofia Voultepsi, députée de Nouvelle Démocratie. «Il est allé sur un yacht. En Grèce, personne ne pouvait aller en mer ou se baigner.» Pour elle, la Grèce subit un gouvernement d’irresponsables. Mati n’est qu’une illustration de cette incompétence.

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«Aucun autre parti n’a menti autant!» poursuit Sofia Voultepsi. Avant de citer un exemple: «Ils disent sortir le pays de la récession? Nous y étions parvenus en 2014, elle est revenue avec leur arrivée au pouvoir.» La députée énumère un catalogue de récriminations: la dette publique s’élève à 180%, la note attribuée à Athènes par les agences de notation reste collée à la lettre B (moyenne) et le chômage est passé de 26% en 2015 à 18% aujourd’hui. «Evidemment, si trois personnes travaillent à temps partiel, le taux diminue, mais la baisse est fictive…» Une seule solution: renvoyer dans l’opposition Syriza qui voudrait faire de la Grèce un «Venezuela, où tout est public, mais rien ne fonctionne.»

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