Balkans

Les Grecs dans la rue contre un changement de nom

Des dizaines de milliers de manifestants se sont rassemblés à Athènes, ce dimanche, pour dénoncer l’accord sur la nouvelle appellation de la Macédoine. A quelques jours d’un vote historique au parlement, ils pourraient bien exercer une influence décisive sur le dossier

Des dizaines de milliers de manifestants se sont rassemblés dimanche dans le centre d’Athènes, portant des drapeaux grecs ou des croix orthodoxes et reprenant en chœur des chants du nord du pays. «Nous manifestons car Skopje veut nous voler le nom de la Macédoine!» s’insurge Theodora, une femme de 40 ans. Originaire du nord du pays, elle, son mari et leurs quatre enfants sont venus «défendre les droits des Grecs et ceux de notre patrie puisque nos politiciens sont incapables de le faire».

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Pour Theodora, la question est historique: «Ça fait 3000 ans qu’ils sont Grecs et qu’ils parlent grec. Les statues, les monuments, l’histoire: tout est grec…» «Ils», ce sont ses voisins, les habitants de l’ARYM, l’Ancienne République yougoslave de Macédoine, aussi appelée FYROM, l’acronyme anglais, ou Skopje, du nom de la capitale. Mais pour les manifestants, ils ne peuvent pas utiliser le mot «Macédoine». A leurs yeux, cette appellation ne pourra jamais désigner qu’un territoire grec.

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Un pari risqué

En cause: l’accord signé en juin à Prespes entre le premier ministre grec, Alexis Tsipras, et son homologue macédonien, Zoran Zaev. Un accord censé mettre fin à une querelle de vingt-sept ans sur le nom de l’ancienne province yougoslave. S’il est ratifié, le voisin de la Grèce, petit pays pauvre peuplé de 2 millions d’habitants, sera officiellement dénommé «République de Macédoine du Nord», ce qui lui ouvrira à terme les portes de l’OTAN et d’une candidature à l’Union européenne. Le 11 janvier, les parlementaires de Skopje ont approuvé le texte. Et, cette semaine, c’est au tour des députés grecs de s’exprimer.

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Sur le plan arithmétique, rien n’est gagné. L’accord de Prespes a déjà coûté à Alexis Tsipras sa majorité. Jusqu’au 13 janvier, Syriza, le parti de la gauche grecque, et les Grecs indépendants, son allié gouvernemental, disposaient de 152 sièges sur 300 à la Vouli, et donc de la majorité absolue. Mais Panos Kammenos, le chef de file des Grecs indépendants, a claqué la porte. Syriza n’a plus que 145 sièges. Une fois de plus, Alexis Tsipras joue pourtant un coup de poker. Alors qu’il pourrait l’emporter avec la majorité des députés présents le jour du vote, il a déclaré viser la majorité des parlementaires. Avec cette décision politique, il espère prouver qu’il a su résoudre le contentieux en rassemblant au-delà de son parti. Alexis Tsipras répète que, pour lui, l’accord de Prespes est «un pas historique» pour les deux pays concernés. Dans Avghi, le quotidien de Syriza, il a appelé «les forces progressistes» du pays à le soutenir.

Réussira-t-il son pari? Selon son entourage, il aurait le soutien de députés du centre. Les manifestants veulent faire pression sur ces derniers pour qu’ils changent d’intention. En outre, l’opposition espère faire ses choux gras de la question macédonienne. Le grand parti conservateur de la Nouvelle Démocratie considère que le règlement constitue un «recul national». «Nous ne diviserons pas les Grecs pour unir les [Macédoniens]», a lancé son chef, Kyriakos Mitsotakis, devant le parlement.

Une identité complexe

Dans le rassemblement à Athènes, les néonazis d’Aube dorée distribuaient des tracts portant le drapeau grec et les mots «Résistance à la trahison» ou «La Macédoine est grecque». Même certains artistes sont sortis de leur réserve en signant une tribune appelant à la tenue d’un référendum pour que «la volonté du peuple soit entendue et pour panser les plaies profondes ouvertes par les méthodes du gouvernement et l’accord de Prespes».

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Selon un récent sondage, 70% des Grecs sont opposés à l’accord de Prespes. «La mondialisation et tant d’années d’austérité ont fragmenté la société», explique Alexandra Koronaiou, professeur de sociologie à l’Université Panteion. Et d’ajouter: «Quand tout s’écroule, le seul élément stable auquel les Grecs pensent pouvoir se raccrocher est leur identité. Mais la Grèce est un petit pays avec une grande et lourde histoire. La Grèce a un problème énorme d’identité, avec d’un côté une Grèce antique perçue comme glorieuse et une Grèce moderne considérée comme misérable.»

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