Economie, politique, société, culture, sport, sciences: les enjeux écologiques traversent toutes les strates de notre société. Comment passer de l’analyse à l’action? Quelle est la part de décisions individuelles et celles qui relèvent de choix politiques? Pourquoi la complexité du défi ne doit pas nous décourager?

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Ambitieux et cher, le Green New Deal va-t-il se transformer en coup d’épée dans l’eau? Une chose est sûre: aux Etats-Unis, la plus jeune élue du Congrès, Alexandria Ocasio-Cortez, dite AOC, le défend bec et ongles et compte tout faire pour l’imposer malgré un premier échec au Sénat, le 27 mars. «Vous voulez dire aux gens qui désirent avoir de l’air pur et de l’eau potable qu’ils sont élitistes?» a-t-elle récemment vociféré, avec la passion qui l’anime, face à des républicains sceptiques. «Allez dire ça aux enfants du sud du Bronx qui souffrent du taux d’asthme infantile le plus élevé du pays! Allez dire ça aux familles de Flint dont les enfants ont un taux de plomb dans le sang en constante augmentation! Leur cerveau est endommagé pour le restant de leur vie.»

Notre portrait:  Alexandria Ocasio-Cortez, la fougue décomplexée  

Un «rêve écologique»?

Dans un pays où le président climatosceptique a dénoncé l’Accord de Paris, la partie est loin d’être gagnée. Dévoilé le 7 février au Congrès, le Green New Deal, une résolution non contraignante, est porté par deux démocrates: AOC, élue à la Chambre des représentants, et le sénateur progressiste Ed Markey. Il propose une révolution écologique et sociale où le gouvernement fédéral investirait massivement dans les énergies vertes, mais ses contours restent flous. Son but principal est de réduire les émissions de carbone à zéro grâce à une forte mobilisation dans les dix ans à venir et de viser 100% d’énergies propres et renouvelables d’ici à 2035. Pas d’indications précises sur le moyen de parvenir à un sevrage total des énergies fossiles dans un pays qui dépend encore fortement des industries pétrolières et gazières.

Comment financer ce plan? Là non plus, pas de détails. Mais les républicains se sont empressés de prendre leur calculette: ils estiment que la «liste de vœux socialiste» pourrait coûter jusqu’à 2000 milliards de dollars. Le Green New Deal est encouragé par une soixantaine d’élus démocrates et la plupart des candidats du parti à la présidentielle de 2020, mais aucun républicain ne le soutient. Et même la présidente démocrate de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, a fait part de son scepticisme en parlant de «rêve écologique».

En revanche, plus de 600 organisations écologistes y croient. Dans une lettre envoyée en janvier au Congrès, elles fixent des objectifs précis, comme la fin de la vente de véhicules thermiques (essence et diesel) d’ici à 2040. Et demandent aussi une garantie fédérale pour ceux qui perdront leur emploi. Pour AOC, les Américains doivent également pouvoir bénéficier d’un système de santé universel et d’universités publiques gratuites. Pour financer le plan environnemental, elle a aussi lancé une proposition choc: imposer à 70% les revenus annuels au-dessus de 10 millions de dollars. Le Nobel de l’économie Paul Krugman l’appuie.

Une taxe carbone progressive

Un projet de transition écologique similaire avait fait son entrée au Congrès en 2009. Mais sans succès. Le mouvement de jeunes écologistes Sunrise a contribué à le faire renaître de ses cendres, aidé notamment par AOC. Le Green New Deal renvoie au New Deal de Franklin Roosevelt de 1933 pour sortir les Etats-Unis de la Grande Dépression.

Côté républicain, ceux qui œuvrent en faveur de la lutte contre le réchauffement climatique s’agrippent plutôt à un plan de taxe carbone. En février 2017, un mois après l’entrée en fonction de Donald Trump, deux anciens secrétaires d’Etat, un démocrate et un républicain, ont préconisé une taxe carbone progressive, à environ 40 dollars la tonne, ce qui pourrait rapporter entre 200 et 300 milliards de dollars par an aux caisses de l’Etat. Les citoyens toucheraient des dividendes. En janvier 2019, une pétition qui s’en inspire est signée par plus de 3500 économistes américains, 28 Prix Nobel d’économie et quatre anciens présidents de la Réserve fédérale américaine.

En mars 2019: Donald Trump et la Russie demandent plus de pétrole  

Le pays est-il pour autant prêt? En novembre, les électeurs de l’Etat de Washington, qui aurait pu devenir le premier Etat du pays à imposer une taxe sur le carbone, ont répondu par la négative. Les citoyens ont refusé une taxe de 15 dollars par tonne de CO2 émise par les entreprises, avec des recettes estimées à 1 milliard de dollars pour financer des projets d’énergies propres.

Désormais, ce sont ces deux courants qui s’affrontent parmi ceux qui sont convaincus de la nécessité d’agir en faveur du climat dans un pays qui reste le deuxième plus grand pollueur de la planète. Au final, un compromis entre les deux pourrait peut-être en naître. Les partisans du Green New Deal ont en tout cas déjà réussi un tour de force: imposer le climat comme thématique importante de la campagne pour la présidentielle américaine de 2020. En 2016, le thème était quasiment absent des débats.