Le bourdonnement continu des hélicoptères de combat est venu chambouler la tranquillité de Davos mardi lors de l’ouverture du 50e Forum économique mondial (WEF). Les deux vedettes les plus polarisantes présentes cette année dans la station grisonne – l’activiste du climat Greta Thunberg et le président américain Donald Trump – ont capté toute l’attention. Et si elles se sont en quelque sorte répondu par conférences interposées, aucune rencontre officielle n’a eu lieu.


En croquis: la matinée du 21 janvier 2020 par Chappatte.

Devant une salle pleine à craquer, Greta Thunberg a ainsi fait une référence directe au président américain. En fermant les doigts et en martelant chacune de ses paroles, l’adolescente a fait rire la salle. Pourtant, la thématique de la présentation – «Eviter une apocalypse climatique» – ne prêtait pas à sourire. «Beaucoup a été fait l’année dernière. Pourtant, les émissions de CO2 n’ont pas baissé», a-t-elle regretté.

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«Planter des arbres, c’est bien», a-t-elle glissé en référence à la promesse faite par Donald Trump quelques minutes auparavant de contribuer à la plantation d’un milliard d’arbres par les participants au WEF. «Mais ce n’est pas suffisant.» La jeune activiste n’a guère surpris par la radicalité de ses propos. «Nous ne devons pas baisser nos émissions de CO2, nous devons les stopper.» En s’adressant directement aux patrons présents dans la salle, elle a poursuivi: «Arrêtez de parler de «net zero emission» mais visez le zéro réel.» Une allusion aux promesses faites ces derniers jours par plusieurs entreprises de compenser leurs émissions de carbone.

Les bons points de Donald Trump

Donald Trump est, lui, apparu fatigué lors de son discours. Depuis Davos, la procédure d’impeachment qui commençait le jour même à Washington pouvait paraître loin – il n’y a fait aucune allusion – mais son ombre était bien présente. Le président américain a débuté avec une certaine apathie, hésitant sur les mots et trébuchant sur les formules. Le fond de son intervention ressemblait pourtant à un terrain bien balisé. Celui qui reste un homme d’affaires a présenté son bilan, se donnant des bons points dans tous les domaines et énumérant une série de données et de statistiques pour étayer son propos. N’a-t-il pas, selon ses propos, «permis la plus grande phase de prospérité de l’histoire»? Donald Trump a repris des couleurs en attaquant les «prophètes de malheur», visant Greta Thunberg sans la nommer.

L’expert du show sait qu’à Davos la concurrence s’avère aussi plus rude cette année que lors de sa précédente visite en 2018. Le président a voulu à la fois tranquilliser le monde des affaires et montrer que sa politique laisserait des traces. Il s’est ainsi voulu rassurant sur la suite des discussions commerciales avec son partenaire chinois («Avec le président Xi, nous nous aimons»). Mais l’homme à la cravate rouge a aussi rappelé que son administration avait nommé 190 juges, sous-entendant que, réélu ou pas, son pays n’en aurait pas fini avec les valeurs qu’il promeut avant longtemps.

Greta Thunberg au centre de l’attention

Il y a deux ans, une certaine fièvre s’était emparée du WEF, quand tout le monde se massait pour voir le premier président en exercice à Davos depuis Bill Clinton. Cette année, la jeune activiste suédoise a capté l’attention des participants. C’est pour elle que les téléphones s’enclenchent, c’est encore elle que les gens veulent écouter. Quitte à assister à un spectacle, les participants s’enthousiasment plus volontiers pour voir une frêle jeune fille défier les 3000 participants du WEF plutôt qu’un président pris dans une lourde procédure et en quête de voix. «J’avais l’impression d’être au fin fond des Etats-Unis», glisse un participant à la fin du discours présidentiel, tant les propos se destinaient, en fin de compte, à ses futurs électeurs. Greta Thunberg avait, elle, choisi de parler au monde.

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Toujours entourée de sa garde rapprochée, la jeune activiste était suivie en permanence par une longue file de caméras et de curieux en tous genres. Elle s’est parfois prêtée au jeu des selfies avec différents participants, mais sans manifester aucun enthousiasme. «Je vous demande à vous, les plus puissants politiciens et hommes d’affaires du monde, à vous les banques, les entreprises, les institutions, d’arrêter immédiatement tous vos investissements dans les énergies fossiles. Nous voulons que cela soit fait maintenant.»

«Inconcevable il y a vingt ans»

Plus tôt dans la matinée, une table ronde réunissant quatre adolescents (dont Greta Thunberg) sur le thème du climat avait déjà fait salle comble. Des jeunes présents à un panel de Davos? «C’est historique, réagissait l’un d’entre eux, Salvador Gomez-Colon, de Porto Rico. Il n’y a jamais eu un moment dans l’histoire du monde où les jeunes ont généré autant d’attention. Il y a vingt ans, cela aurait été inconcevable. Mais c’est un signe que les temps changent…»

Toujours placide, sans jamais buter sur un mot, avec son regard déterminé qui a aujourd’hui fait le tour de la planète, Greta Thunberg a terminé son discours par une nouvelle mise en garde: «L’année dernière, je vous disais que notre maison était en feu. C’est toujours le cas maintenant. Et votre inaction ajoute du carburant sur les flammes à chaque heure qui passe. Alors agissez. Avec la même intensité que vous aimez vos enfants.»