Ce n'est pas la première grève que Tony Blair doit subir depuis son arrivée au pouvoir en mai 1997. Mais celle-ci est particulière, et le premier ministre britannique le sait: en cessant le travail autour d'une demande de réajustement salarial totalement inacceptable pour le gouvernement, les pompiers risquent de conduire les néo-travaillistes à un affrontement aussi amer, sinon violent, que celui qui avait opposé en 1984 Margaret Thatcher et les mineurs.

Depuis six mois, la voix du syndicat des pompiers s'est radicalisée. Les hommes du feu s'estiment très insuffisamment payés en regard de la dangerosité de leur métier. La conférence annuelle de la FBU (Fire Brigades Union) avait fixé comme objectif d'obtenir du gouvernement un salaire annuel plancher de 30 000 livres (75 000 francs environ) pour ses 50 000 membres avant novembre, sinon elle déclencherait le premier mouvement de grève depuis un quart de siècle.

Emmenés par Andy Gilchrist, un de ces syndicalistes combatifs de la nouvelle génération, trop jeune pour porter les cicatrices de l'humiliation thatchérienne et peu soucieux d'attaquer le Parti travailliste dont il est pourtant membre, les pompiers ont tenu bon avec leur demande. Elle correspond à une augmentation de salaire de 40%. Lundi, ils rejetaient avec dédain les conclusions d'un rapport indépendant préconisant une hausse de 11% sur deux ans, assortie de sacrifices sur la flexibilité du travail et des horaires.

Insensible à la fureur du gouvernement, sourd aux invectives d'une presse tabloïd qui le compare au diable, Andy Gilchrist a déclenché mercredi à 18 h un premier arrêt de travail de 48 heures. Trois grèves de huit jours devraient suivre avant Noël, si rien ne bouge. Et le FBU avertit déjà que sa détermination ne faiblira pas, même s'il faut pour cela faire grève «durant des mois».

Soldats mal préparés

Ces deux derniers jours, tandis que les inondations submergeaient les Cornouailles et qu'une demi-douzaine de personnes périssaient dans des incendies, attisant la polémique, la Grande-Bretagne a donc vu des soldats parfois insuffisamment préparés partir sur les sinistres avec des camions de pompiers vieux de cinquante ans, les «Green Goddesses» (déesses vertes) qui servent à l'entraînement de l'armée dans la lutte contre le feu. A plusieurs reprises, des pompiers ont rompu leurs piquets de grève pour venir en aide à leurs remplaçants démunis. Mais si vendredi prochain, le mouvement programmé de huit jours est maintenu, Tony Blair a déjà averti que l'armée saisira le matériel moderne des pompiers professionnels.

Pour l'heure, les Britanniques hésitent à choisir leur camp, même si les pompiers demeurent très populaires. Le fait que le chaos s'installe – certains conducteurs de train ou de métro refusant de travailler dans des conditions qu'ils jugent dangereuses – pourrait tendre encore le climat social à la veille des Fêtes.