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Pour Emmanuel Macron, la bataille de la communication jouera un rôle tout aussi décisif, dans les semaines à venir, que la confrontation sociale. 
© Thibault Camus

International

Grève du rail: ce que redoute Emmanuel Macron

Le gouvernement français garde l’avantage dans les sondages face à la CGT et aux syndicats, résolus à bloquer la réforme de la SNCF. Mais gare aux autres colères sociales qui pointent, cinquante ans après Mai 68

Le parallèle le plus évident est celui fait avec la grève du rail de l’hiver 1995. La mobilisation syndicale, emmenée par la CGT, avait alors obligé le gouvernement d’Alain Juppé – mentor de l’actuel premier ministre français, Edouard Philippe – à abandonner en partie son plan de réforme des retraites. Bis repetita en 2007, lorsque les cheminots cégétistes avaient, au début du quinquennat Sarkozy, fait grève pendant près de quinze jours, pour protester contre le plan de réforme des régimes spéciaux de retraite, lui aussi partiellement abandonné.

Qu’adviendra-t-il cette fois en France, alors que la CGT dirigée par Philippe Martinez entame ce mardi 3 avril une «grève perlée» qui compliquera grandement le trafic ferroviaire pendant deux jours par semaine environ, jusqu’au 28 juin? Emmanuel Macron, dont 72% des Français pensent qu’il maintiendra le projet de réforme de la SNCF, va-t-il se retrouver confronté à une mobilisation sociale plus large que prévu, au-delà des seuls cheminots? Le scénario de la «convergence des luttes» inquiète tout de même l’exécutif.

Lire aussi notre éditorial: Pourquoi la SNCF peut faire dérailler Macron

La colère syndicale n’est pas impopulaire

Selon un dernier sondage IFOP, 53% des Français jugent «injustifié» le projet de réforme de la SNCF destiné à abroger le statut particulier des cheminots et à ouvrir le rail à la concurrence privée à partir de 2019. Ce chiffre, en soi, ne veut pas dire grand-chose car la plupart des personnes interrogées souhaitent surtout que la grève soit la plus courte possible, en cette période de congés scolaires. Il n’empêche: la popularité du combat des cheminots en lutte ne doit pas être sous-estimée. Si sept Français sur dix (69%) jugent «normale» l’abrogation des avantages sociaux dont bénéficie la grande majorité des employés de la SNCF, ils sont tout aussi nombreux à souhaiter que la Société nationale des chemins de fer demeure une entreprise publique et à reconnaître les conditions de travail pénibles des personnels ferroviaires.

Lire également: Philippe Martinez face au mur Macron

La bataille de la communication jouera donc un rôle tout aussi décisif, dans les semaines à venir, que la confrontation sociale. Pour l’heure, quatre syndicats mènent cette grève «perlée»: la CGT (premier syndicat de la SNCF avec 34,3% des suffrages), SUD Rail (plus radical encore, et partisan d’une possible grève illimitée), l’UNSA et la CFDT. Un cheminot sur deux, selon la SNCF, s’est joint au mouvement ce mardi 3 avril. L’important pour les syndicats est, dès lors, de préserver leur unité et de rassembler si possible davantage au sein des 150 000 employés de l’entreprise. Du 24 novembre au 15 décembre 1995, plus de 70% des cheminots avaient arrêté le travail. Ils avaient été ensuite rejoints par les employés de la poste, d’EDF et de l’éducation nationale…

Lire aussi: Les «cheminots» français: le statut passé au crible

Jouer les syndicats contre les usagers peut… dérailler

En France, les syndicats sont peu représentatifs. Leur bastion reste l’administration et les entreprises publiques, où ils représentent 20% des salariés, et où la CGT est encore en pôle position. Dans le secteur privé, cette représentativité tombe à 10%, et les dernières élections professionnelles, au printemps 2017, ont placé la CFDT réformiste devant la CGT (26,3% contre 24,8%). Il faut aussi savoir que, depuis la contestation sociale de 2016 sous le quinquennat Hollande contre la loi El Khomri de réforme du marché du travail (une nouvelle loi, votée l’an dernier par ordonnances, est allée beaucoup plus loin), la CGT a subi un sérieux contrecoup. En un an, la centrale syndicale longtemps liée au Parti communiste aurait perdu près d’un tiers de ses adhérents, selon des notes internes publiées par Le Canard enchaîné, passant de 650 000 à 425 000 adhérents environ. Ce que la CGT a démenti.

L’idée de lutte sociale en France reste néanmoins populaire. Idem pour la lutte des classes en général. Le succès du mouvement gauchiste «Nuit debout» en 2015-2016, puis les 19% de suffrages (quatrième place au premier tour) réunis par le leader de la France insoumise, Jean-Luc Mélenchon, lors de la présidentielle 2017 montrent que les colères sont toujours là. L’importance des votes pour le Front national et pour Marine Le Pen (33,94% à la présidentielle) témoigne aussi de ces «colères». Or la SNCF, trait d’union entre les régions, est perçue par beaucoup comme un lien social indispensable.

C’est pour cette raison que le gouvernement a promis d’épargner les «petites lignes», sans donner plus de précisions. Plusieurs enquêtes montrent, en outre, qu’un quart des Français, en particulier dans les classes moyennes et populaires, se sentent «déclassés». Différents sondages ont aussi montré que, depuis son accession à l’Elysée, Emmanuel Macron apparaît comme le «président des riches» pour plus de 75% des personnes interrogées. Lesquelles citent souvent l’abrogation partielle de l’impôt sur la fortune et la volonté de l’actuel gouvernement de contrôler davantage les chômeurs. Difficile pour le chef de l’Etat français, dans ce contexte, de diaboliser les grévistes CGT qui ne sont pas payés durant leurs jours d’arrêt de travail et peuvent logiquement faire vibrer la corde sociale.

50 ans après Mai 68, la «convergence des luttes» est possible

Ce genre d’anniversaire ne veut pas dire grand-chose. Mais le fait est qu’il y a un demi-siècle, face au pouvoir finissant du général de Gaulle, la mobilisation des classes ouvrières et les étudiants avaient, malgré leurs oppositions politiques et leurs énormes différences d’appréciation et d’agenda politique, abouti à une sorte de cause commune, ouvrant la voie aux fameux accords de Grenelle signés les 25 et 26 mai. En tête des délégations syndicales figuraient alors les dirigeants historiques de la CGT: Benoît Frachon, Georges Séguy et Henri Krasucki. Ils avaient obtenu, entre autres, une revalorisation du salaire minimum de 35%.

La situation de 2018 n’a rien à voir. Emmanuel Macron vient d’arriver au pouvoir. Il est jeune. La France est un pays de moins en moins industriel. La force politique du Parti communiste est réduite à néant. Le scénario de la mobilisation sociale généralisée paraît donc encore bien éloigné. Reste que l’actuel gouvernement, composé largement d’experts et de technocrates, est perçu par beaucoup de Français comme déconnecté des réalités quotidiennes. Autre élément: les mouvements de grève entamés chez les éboueurs, à Air France, et le malaise dans plusieurs universités, comme l’ont prouvé les récents accès de violence à Montpellier. Dans sa besace de réformes, Emmanuel Macron n’a pour l’heure intégré aucune mesure sociale majeure, sauf l’abrogation de la taxe d’habitation (taxe prélevée par les collectivités locales) promise dès 2018 pour environ 78% des Français.

Le gouvernement, face à ce choc social annoncé, n’a pour l’heure pas d’autre «donnant-donnant» que le besoin de moderniser le pays et de «transformer» l’économie française. Deux thèmes que les grévistes de la CGT vont s’efforcer de pilonner, pour mettre en avant la «casse sociale» qui, selon eux, va immanquablement en résulter et se poursuivre au-delà du cas de la SNCF, en particulier avec la réforme des retraites annoncée pour 2019.

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