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pandémie

Grippe A: le Mexique paie cher le prix de sa transparence

Plusieurs pays ont pris des mesures discriminatoires contre des Mexicains. La Suisse n’y échappe pas. A l’Université de Saint-Gall, trois d’entre eux n’ont pu participer à un symposium. Par ailleurs, le dernier bilan de l’OMS, publié samedi, s’est notoirement alourdi. Près de mille cas supplémentaires sont annoncés par rapport à la veille. Désormais, 8451 personnes sont contaminées dans 36 pays, dont 5 nouveaux

Certains l’appelèrent d’emblée grippe porcine, d’autres «grippe mexicaine» avant que l’Organisation mondiale de la santé (OMS) rebaptise la maladie grippe A(H1N1). Pour les Mexicains toutefois, l’émergence de ce qu’on craint être une pandémie a été à plusieurs reprises synonyme de discrimination dans le monde entier. En Suisse également. Du 7 au 9 mai dernier, l’Université de Saint-Gall organisait son 39e symposium international. A cette occasion, 200 étudiants issus d’importantes universités internationales ont été invités à Saint-Gall à l’issue d’un concours exigeant confrontant près d’un millier de participants. Parmi eux, trois étudiants mexicains, qui, huit jours avant le symposium, ont vu leur participation annulée.

La première, une étudiante habitant à Mexico, était dotée d’un certificat médical spécifiant qu’elle n’était pas infectée par le virus H1N1. Le second est de Guadalajara, une zone non touchée par l’épidémie. Le troisième vit en Europe. Surpris par ce refus, ils demandent à Saint-Gall de reconsidérer leur décision. La réponse des organisateurs du symposium reste négative: «Après avoir reconsidéré le cas au sein de notre équipe, nous ne sommes pas en mesure de vous accueillir.» Motif: «Les besoins importants de protection de nos participants.»

Directeur du comité d’organisation du symposium, Dominic Baumann nie toute discrimination: «Il n’y a pas eu de refus formel. Nous sommes restés en bon contact avec deux d’entre eux. En fait, c’est de leur propre initiative qu’ils n’ont pas participé.» Dominic Baumann relève toutefois que le «virus de la grippe A a son origine au Mexique». Il précise aussi que son organisation prend tous les coûts des étudiants en charge.

Quant aux reproches d’avoir refusé des Mexicains, mais laissé venir à Saint-Gall des intervenants de New York, l’un des foyers de la grippe, Dominic Baumann les réfute: «Notre décision a été prise quand l’avertissement ne concernait que le Mexique. Nous nous en sommes tenus strictement aux directives de l’Office fédéral de la santé publique.» L’OFSP, qui suit les recommandations de l’OMS, n’a pourtant jamais conseillé de tenir les Mexicains à distance. Pour mettre fin à la polémique, Dominic Baumann le promet déjà: l’an prochain, les trois Mexicains seront invités au 40e symposium.

Pour l’ambassadeur du Mexique auprès de l’ONU à Genève, Alfonso de Alba, il «s’agit d’une discrimination basée sur la nationalité. C’est une violation des droits de l’homme.» Depuis l’apparition de la grippe A, les cas de discriminations envers les Mexicains se sont multipliés. Le plus flagrant a eu lieu en Chine. Quelque 70 Mexicains ont été confinés en quarantaine dans plusieurs villes du pays, dont Shanghai et Hongkong. Certains d’entre eux parlent de «discrimination, voire d’humiliation». Le Mexique a dû affréter un avion spécial pour aller les chercher. Sur place, l’équipage s’est vu interdire de quitter l’appareil.

Autre exemple: le gouvernement mexicain a envoyé un bateau chargé de 80 tonnes d’aide pour Haïti. L’île des Caraïbes a refoulé le navire. Durant la coupe de football «Copa Libertadores de America», les équipes de São Paulo au Brésil et de Nacional of Uruguay ont annulé leurs matches contre les équipes mexicaines de Chivas de Guadalajara et de San Luis. Elles ont aussi refusé de jouer en terrain neutre, dans un autre pays.

Des Etats d’Afrique, Cuba, l’Argentine, l’Equateur ou encore le Pérou ont refusé l’accueil de Mexicains. Des visas ont été imposés à ces derniers par le Japon et Singapour avant que ce dernier finisse par lever cette contrainte. A Luxembourg, sous l’impulsion notamment de la France, l’Union européenne voulait interrompre les vols pour le Mexique. L’Espagne s’est battue contre cette volonté et a eu gain de cause. Ces restrictions sont contraires aux souhaits de Margaret Chan, directrice générale de l’OMS, qui juge inutile de limiter la liberté de mouvement. L’ambassadeur mexicain Alfonso de Alba est amer: «Il est très inquiétant de constater que parce que le Mexique a agi rapidement et en toute transparence, ses citoyens sont punis par des discriminations basées sur la nationalité dans le monde entier. En termes de gestion de crise et de pandémie, c’est très dangereux. On risque d’inciter les Etats à cacher des informations pour ménager leurs citoyens.»

Lors de l’épidémie de SRAS, les cas de discriminations envers les Chinois semblent avoir été marginaux. Un hasard? Pékin avait été critiqué pour avoir géré le début de l’épidémie avec la plus grande opacité.

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