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Vue aérienne du village groenlandais de Saattut.
© Ciril Jazbec/National Geographic Creative

Autodétermination

Groenland et Îles Féroé: au Nord, l’indépendance à petits pas

Après des élections historiques, le Groenland doit former un nouveau gouvernement qui doit le mener vers l’indépendance. Contrairement à l’Espagne avec la Catalogne, le Danemark ne s’y opposerait pas. Mais l’immense île est très loin d’être prête. Un autre territoire danois, les îles Féroé, hésite à franchir le pas

L’indépendance n’est pas pour demain au Groenland. Les quelque 55 000 habitants du territoire grand comme quatre fois la France étaient appelés aux urnes mardi dans un scrutin historique sur le chemin de l’émancipation vis-à-vis de la lointaine métropole danoise. Pas moins de sept partis, un record, se disputaient les faveurs des électeurs, dont six prônaient l’indépendance. Mais les votants n’ont pas renversé la table. Ce sont les deux partis traditionnels, les sociaux-démocrates du Simuit et la formation gauche-verte de l’Inuit Atagatigiit, qui ont remporté le scrutin.

Un environnement très difficile

Ce résultat conforte une approche graduelle vers l’indépendance. En effet, aucun politicien ne se risque à avancer une date pour larguer définitivement les amarres avec Copenhague, presque 300 ans après que les premiers missionnaires ont débarqué sur cette terre hostile. Les deux partis divergent sur la manière de parvenir à l’indépendance. Les écologistes sont plus réticents face à l’exploitation minière, qui pourrait pourtant permettre de bâtir un nouveau pays.

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Pour l’instant, on est loin du compte. Seule une mine – de rubis – est pour l’instant exploitée dans le sud de l’île par la compagnie norvégienne LNS. La Chine est notamment sur les rangs pour racheter plusieurs concessions. Depuis que le Danemark a accordé à son ancienne colonie le droit d’exploiter son sous-sol en 2009, les promesses tardent à se concrétiser. La chute du prix des matières premières depuis ces nouvelles prérogatives n’est pas seule en cause. Le Groenland reste un environnement très difficile, avec ses températures extrêmes, ses distances énormes, mais aussi son manque criant d’infrastructures – très peu de routes et aucun chemin de fer – et de personnel qualifié.

Un exemple pour la Catalogne?

Ouvrant de nouvelles perspectives minières et de pêche, le réchauffement climatique bouleverse le mode de vie des autochtones inuits, 90% de la population. Le taux de suicide est l’un des plus élevés au monde et la société groenlandaise est rongée par l’alcoolisme et les abus sexuels. «Les Groenlandais réalisent qu’ils ne sont pas prêts à une indépendance immédiate», analyse Ulrik Pram Gad, professeur associé spécialiste de l’Arctique à l’Université de Copenhague. D’autant que le Groenland perdrait les subsides danois, qui comptent pour la moitié de son budget.

Il n’y a donc pas de déclaration d’indépendance unilatérale, comme en Catalogne, à attendre du côté de Nuuk, la petite capitale de 17 000 habitants du Groenland. Avant d’être arrêté en Allemagne, l’ancien président indépendantiste Carles Puigdemont s’était rendu à Copenhague à l’invitation des députés des îles Féroé, archipel danois aux velléités elles aussi indépendantistes. «Le Danemark montre encore une fois qu’il comprend la démocratie», avait loué le Catalan.

Un territoire au centre de rivalités

«Si les habitants des îles Féroé et du Groenland votent un jour pour l’indépendance, le Danemark ne s’y opposera pas», pronostique Ulrik Pram Gad. Cette éventualité serait l’aboutissement d’un long processus d’autonomisation. Mais Copenhague ne souhaite pas pour autant l’indépendance de ses deux anciennes colonies. «Le Danemark voit par exemple d’un mauvais œil les investissements chinois au Groenland. Mais les empêcher ne ferait que jeter les habitants dans les bras des indépendantistes», pointe Ulrik Pram Gad.

Le Danemark garde encore la responsabilité de la politique étrangère et militaire de ses territoires arctiques. Alors que le réchauffement ouvre de nouvelles voies maritimes, l’immense territoire se retrouve au milieu des rivalités entre les Etats-Unis et le Canada, d’une part, et la Russie, de l’autre. L’île glacée accueille d’ailleurs sur sa pointe nord une base américaine, à Thule. Certains politiciens groenlandais voudraient faire payer un loyer à Washington. Mais la question relève pour l’instant du seul Danemark, l’un des alliés les plus sûrs des Etats-Unis.

Référendum repoussé aux îles Féroé

Les îles Féroé présentent un intérêt stratégique bien moindre. Les Féringiens sont presque aussi nombreux que les Groenlandais. Mais l’archipel est bien plus développé et son économie, qui dépend aussi de la pêche, se porte plutôt bien. Les Européens avaient noté dans leur agenda ce mercredi 25 avril 2018 comme la date d’un référendum constitutionnel qui aurait donné le droit aux îles Féroé de déclarer leur indépendance le moment venu.

Allait-on assister à une nouvelle manifestation des tendances centrifuges qui agitent le continent? Non: le vote a été repoussé à des jours meilleurs. «Les Féringiens sont divisés en deux camps plus ou moins égaux, dit Hans Andrias Sølvara, professeur associé d’histoire à l’Université des Féroé. D’un côté, ils ont leur propre langue, mode de vie et culture. De l’autre, ils ont vu lors de la crise financière de 2008 que leurs banques avaient résisté, car elles étaient intégrées au système danois, contrairement à leurs consœurs islandaises.» En 2004, les habitants de l’archipel s’étaient prononcés d’un cheveu en faveur de l’indépendance, mais le Danemark n’avait alors pas été consulté. L’histoire n’est pas terminée.

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