Alors que la rue espagnole est en ébullition pour contester la politique d’austérité, le gouvernement conservateur de Mariano Rajoy poursuit sans vaciller son programme anti-crise. La grogne sociale est montée d’un cran avec la marche noire des mineurs qui ont défilé mercredi dans les rues de la capitale. Des échauffourées ont eu lieu entre la police et les manifestants, qui se sont soldées par 76 blessés et sept arrestations. Dans la soirée, d’autres manifestations étaient prévues non loin de la Chambre des députés, où le premier ministre avait annoncé plus tôt dans la matinée son nouveau train de réformes.

Originaires du nord de la péninsule ibérique, «les gueules noires» ont parcouru quelque 400 kilomètres jusqu’à Madrid, où ils espéraient être reçus en vain par l’exécutif. Les mineurs réclament le maintien des subventions allouées par Bruxelles en 2010, soit 190 millions d’euros. Or, Madrid, qui cherche à tout prix à réduire les dépenses, compte bien tailler dans les aides pour le charbon, une énergie qui n’est plus considérée comme prioritaire par l’actuel pouvoir. «Nous devons tous faire des efforts, et les mineurs aussi», avait assuré la vice-présidente du gouvernement, Soroya Saenz de Santamaria, début mai.

Or, la suppression des aides dans le charbon revient à signer l’arrêt de mort des mines espagnoles. Cela entraînerait la suppression de 8000 postes directs et 25 000 indirects. «C’est tout le bassin minier des Asturies et de Leon qui va disparaître avec des milliers de famille sans ressources», commente José, 39 ans, dont vingt passés dans les entrailles de la terre des Asturies. Hier, ils étaient des milliers d’Espagnols à soutenir ce combat d’un autre temps. «Ce sont les derniers de la classe ouvrière espagnole et ils se battent pour défendre leur gagne-pain», commente Ana, une jeune Madrilène étudiante, qui appartient au mouvement des Indignés.

L’exaspération des mineurs a trouvé écho parmi la population espagnole. «Nous sommes peut-être au point de départ d’un plus vaste mouvement de protestation contre les réformes d’austérité», commentait, hier, dans la «marche noire», un professeur de l’Education nationale, victime des réductions salariales dans sa branche. Une tendance qui ne devrait pas cesser.

Pressé par Bruxelles et le FMI de réduire le déficit public, Mariano Rajoy a présenté, hier, de nouvelles mesures drastiques. En échange des 60 milliards d’euros versés par l’Eurogroupe pour sauver le système bancaire espagnol, miné par les actifs toxiques liés à l’immobilier, le gouvernement doit céder aux exigences de la troïka (Banque centrale européenne, Bruxelles et le FMI). Lors d’une session parlementaire extraordinaire, le premier ministre a annoncé que l’Etat devait réaliser 65 milliards d’euros d’économie d’ici à fin 2014. «Ce ne sera pas un sacrifice stérile et que personne n’imagine que nous allons renoncer à nos ambitions pour l’Espagne», a déclaré Mariano Rajoy sur un ton solennel. Et de poursuivre: «Les mesures que nous prenons font mal à tout le monde, cela fait mal que les revenus diminuent et que les impôts augmentent, mais nous devons le faire.»

Aucun secteur n’est épargné par les nouvelles coupes: les fonctionnaires, qui ont déjà perdu près de 15% de leur salaire, devront renoncer à leur treizième mois; les prestations de chômage vont être réduites dès le sixième mois; les retraites seront revues à la baisse et les salaires des maires et des conseillers municipaux vont être fixés par décret-loi… Enfin, afin de booster les ressources, le gouvernement a annoncé la hausse de la TVA. Une mesure qui avait été décriée par la droite lorsqu’elle était dans l’opposition. Cette taxe passe de 18 à 21% et de 8 à 10% pour les produits aux coûts réduits.

Les réactions ne se sont pas fait attendre. Le leader du Parti socialiste ouvrier (PSOE), Alfredo Perez Rubalcaba, a déposé un amendement sur l’ensemble des réformes et a lancé un appel à la création d’un pacte générale pour relancer l’économie et «cesser la politique de l’austérité à tout va». Les deux principaux syndicats, venus soutenir les mineurs, ont annoncé de nouvelles protestations contre les prises de décision «unilatérales» du gouvernement. «L’Espagne est déjà très touchée et avec ce que prétend mettre en marche l’exécutif on va tous s’écrouler», a assuré Candido Mendez, secrétaire général de l’UGT. Seuls les marchés financiers et Bruxelles se sont félicités du nouveau plan d’austérité espagnol.

«Cela fait mal que les revenus diminuent et que les impôts augmentent, mais nous devons le faire»