Un cessez-le-feu immédiat et des négociations de paix au pas de charge sur le modèle de Dayton avec, à l'appui, des menaces de frappes de l'OTAN si les Serbes et les indépendantistes albanais font la sourde oreille: les six pays du groupe de contact sur l'ex-Yougoslavie vont finaliser aujourd'hui à Londres une stratégie de la «dernière chance» pour imposer un règlement politique accordant une large autonomie à la province du Kosovo, mais non l'indépendance qu'elle réclame.

«Il faut agir maintenant sinon le printemps sera difficile», affirme un haut responsable américain qui prédit comme la plupart des experts une recrudescence des combats à la fin de l'hiver. De fait, le cessez-le-feu négocié en octobre sous la menace de l'OTAN n'a pas résisté longtemps. Les accrochages sont quotidiens entre forces serbes et combattants de l'Armée de libération du Kosovo (UÇK) que quelques centaines de mètres seulement séparent en certains endroits. «Cela multiplie le risque de provocations», constate, impuissant, un responsable de la Mission de vérification de l'OSCE.

«Autonomie substantielle»

Les Occidentaux en ont assez de voir les deux parties jouer au chat et à la souris. «La communauté internationale n'est plus disposée à accepter les conflits qui se sont développés ces derniers temps», a averti Lamberto Dini, le chef de la diplomatie italienne à la veille de la réunion des six pays du groupe de contact (Etats-Unis, Russie, Allemagne, Grande-Bretagne, France et Italie). Leurs ministres des Affaires étrangères y approuveront un plan politico-militaire pour faire asseoir Serbes et Albanais à la table des négociations, de gré ou de force.

Son élaboration a donné lieu à des débats animés entre les Américains et leurs alliés européens, Washington insistant pour qu'un ultimatum soit adressé aux belligérants. Les deux parties seront convoquées pour négocier un règlement politique sous la menace de frappes militaires. Un scénario calqué sur le modèle de Dayton qui avait permis de mettre fin à la guerre en Bosnie en 1995. A cette différence près que les Européens participeront cette fois directement aux discussions. Celles-ci se tiendront en outre sur sol européen, dans un endroit «neutre». On parle de Vienne, de Rome et de la France.

Le plan mis au point par l'émissaire américain Christopher Hill a déjà été approuvé dans les grandes lignes par le groupe de contact. Le Kosovo jouira d'une «autonomie substantielle», sa majorité albanaise disposera de ses propres gouvernement et police, des élections seront organisées sous contrôle international et le statut de la province sera réexaminé dans trois ans. Autant de propositions que les deux parties ont rejetées jusqu'ici. Les Occidentaux sont cependant décidés à faire le forcing. Les protagonistes pourraient disposer de trois semaines seulement pour se mettre d'accord sur leur mise en œuvre. Pour bien montrer qu'ils ne badinent pas, les Occidentaux sont prêts à recourir à la force pour forcer les deux parties à négocier. Plus de 200 avions de combats de l'OTAN et une dizaine de bâtiments de guerre patrouillant en mer Adriatique sont prêts à intervenir dans les quarante-huit heures pour frapper des objectifs militaires serbes. Des plans ont également été échafaudés pour couper les voies d'approvisionnement en armes de l'UÇK et bloquer les fonds de la guérilla, en Suisse notamment.

Javier Solana, le secrétaire général de l'OTAN, a annoncé hier que les alliés intensifient leur préparation militaire «pour s'assurer que les demandes de la communauté internationale seront satisfaites». Une menace en termes voilés d'une intervention militaire que même le secrétaire général de l'ONU n'exclut pas. La communauté internationale ne doit pas se faire d'illusion: le recours à la force est nécessaire quand toutes les autres options s'avèrent infructueuses», a déclaré Kofi Annan à l'issue d'une visite au QG de l'Alliance à Bruxelles.

Reste que de nombreux obstacles doivent encore être surmontés. Slobodan Milosevic a refusé jusqu'ici d'octroyer une large autonomie à la province sécessionniste. Les Albanais n'ont toujours pas réussi à composer une équipe de négociation. La Russie s'oppose à des frappes aériennes contre la Serbie, son alliée. Et si les belligérants font la sourde oreille? Le coût sera très lourd pour l'OTAN. Ses stratèges estiment que 36 000 hommes – autant qu'en Bosnie voisine – seront nécessaires pour garantir un cessez-le-feu suivi d'un accord de paix. Et jusqu'à 200 000 si la paix doit être imposée par la force.