Venezuela 

Le groupe de Lima écarte l'usage de la force contre Nicolas Maduro

Le groupe de Lima, composé de quatorze pays américains dont le Canada, s’efforce d’éviter la montée des tensions. Il évoque de nouvelles sanctions à l’égard du président du Venezuela et ses proches

Comment sortir de la crise vénézuélienne et de son facteur déstabilisant pour toute la région latino-américaine? Telle était l’objet de la réunion du groupe de Lima à Bogotá lundi 25 février, qui a rassemblé plusieurs chefs d’Etats, vice-présidents et ministres, ainsi que le vice président américain Mike Pence. Parmi les sanctions discutées: le gel immédiat des actifs de l’entreprise pétrolière vénézuélienne PDVSA dans les pays membres, le transfert des actifs vénézuéliens au gouvernement intérimaire de Juan Guaidó ou la restriction de visas pour les proches de Nicolas Maduro.

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l’épreuve de force 
aux frontières

Mais la déclaration finale signée par dix pays latino-américains et le Canada accentue surtout la pression diplomatique contre Nicolas Maduro en dénonçant «devant la communauté internationale le régime illégitime de Nicolas Maduro qui soumet intentionnellement les Vénézuéliens et en particulier la population la plus vulnérable à une systématique privation d’aliments et de médicaments et son accès aux services basiques dans le but d’assurer sa permanence au pouvoir».

Appel à la CPI

Le Groupe de Lima annonce notamment vouloir demander «à la Cour pénale internationale de prendre en considération la grave situation humanitaire au Venezuela, la violence criminelle du régime de Nicolas Maduro contre la population civile et le refus de l’accès de l’aide international ce qui constitue un crime contre l’humanité» et proposer au Conseil des droits de l’homme des Nations Unies de désigner «un expert indépendant ou une commission d’enquête». «Nous allons intensifier nos activités pour promouvoir le retour de la démocratie au Venezuela mais sans recourir à l’usage de la force» a souligné le vice-ministre des affaires étrangères péruvien à l’issue de la réunion, ajoutant «à l’intention du peuple vénézuélien ce message d’espoir: nous ne vous abandonnerons pas».

Il coupait ainsi court à toutes les spéculations du week-end, et notamment à l’escalade verbale, notamment de la part des Etats-Unis et de certains proches de Juan Guaidó, qui penchait pour l’option militaire. Le député vénézuélien Julio Borgés en exil en Colombie avait ainsi affirmé quelques heures avant la réunion que ce dernier solliciterait «le recours à la force contre Maduro».

Le soutien de Mike Pence

«Nous sommes cent pour cent avec vous» a d’abord transmis, de la part de Donald Trump, le vice président américain Mike Pence à Juan Guaidó, le président par intérim autoproclamé du Venezuela lors de l’installation de la XIème réunion du groupe de Lima. Le président colombien Iván Duque venait d’affirmer que le groupe de Lima se trouvait face à un «dilemme» pour passer de la «tyrannie» à la «libération» du Venezuela.

Le ministre des Relations extérieures chilien Roberto Ampuero avait pour sa part dès dimanche affirmé que le Chili «n’était pas disponible pour soutenir des alternatives qui ne sont pas pacifiques», après que son président Sebastián Piñera est parti ce week-end à la frontière colombo vénézuélienne pour assister à l’envoi – infructueux – de l’aide alimentaire et en médicaments américaine stockée en Colombie pour le Venezuela. A l’instar du Brésil, qui, tout en affirmant son soutien à Juan Guaidó, a écarté toute possibilité d’intervention militaire à sa frontière.

Le président panaméen Juan Carlos Varela a aussi demandé lundi que «la prudence et le dialogue prévalent». En Colombie – pays qui sort déjà à grand-peine d’un long et meurtrier conflit interne –, de nombreuses voix se sont élevées aussi ces dernières heures contre l’intervention militaire.

Un groupe de 14 pays américains

Le groupe de Lima, composé de quatorze pays américains dont le Canada, a été créé le 8 août 2017 lors d’une réunion dans la capitale péruvienne dans l’objectif de trouver une issue à la situation vénézuélienne. La plupart de ces pays sont ouvertement hostiles à Nicolas Maduro et tous, exceptés le Mexique, ont officiellement reconnu Juan Guaidó comme président légitime du Venezuela, à l’instar d’une cinquantaine de pays dans le monde. Guaidó, président du parlement vénézuélien (l’assemblée élue en 2015 et privée de tout pouvoir par le gouvernement Maduro), avait été reçu dès dimanche 24 février à l’aéroport de Bogotá comme un chef d’Etat, et officialisait son entrée dans le groupe de Lima ce 25 février.

A ce propos: Le Groupe de Lima appelle l’armée à se ranger derrière Juan Guaido

Le vice-président américain Mike Pence a réitéré lundi que toutes les options pour sortir de la crise vénézuélienne «étaient sur la table». Il a annoncé que les Etats-Unis augmenteraient leur aide humanitaire, et a appelé les militaires vénézuéliens «à retirer leur soutien au tyran». Pence a aussi demandé aux pays qui n’avaient pas encore reconnu Juan Guaido comme président légitime du Venezuela «de reconsidérer leur soutien» car «il ne pouvait y avoir de spectateurs au Venezuela».

160 déserteurs

Selon les autorités colombiennes, 160 membres des forces de l’ordre vénézuéliennes ont rejoint la frontière colombienne pour déserter ces derniers jours. Les Nations unies et l’Union Européenne ont pour leur part condamné les violences qui ont eu lieu aux frontières du Venezuela avec le Brésil et la Colombie ce week-end, qui ont fait au moins quatre morts et près de 300 blessés. L’Union Européenne avait aussi demandé «d’éviter une intervention militaire».

Une option qui semble donc aujourd’hui écartée. Mais la suite n’est pas encore écrite, d’autant que toute possibilité de négociation avec Nicolas Maduro semble de plus en plus s’éloigner. Le président bolivien Evo Morales a lundi matin enjoint les pays du groupe de Lima «de rechercher une solution par le dialogue» pour «sauver des vies et empêcher que la guerre détruise notre Amérique Latine». Car on peut facilement imaginer qu’augmenter les sanctions contre un pays déjà complètement exsangue ou appeler ses militaires à se rebeller pourrait déclencher des violences et des confrontations sociales aux conséquences difficilement quantifiables.


En vidéo: le témoignage d’une Vénézuélienne en Suisse.

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